McInerney, Jay. Bright Lights, Big City

5 Avril 2014. Je me réveille seule (avec mon chat imaginaire) dans mon humble demeure. Je réside depuis peu dans la très joyeuse et éblouissante ville de Bordeaux. Bordeaux: délice architectural permanent. On s’y fait rapidement des amis. Les invitations sms fusent… les bars, les appart, les quais aux mille reflets oniriques…et c’est parti pour les fêtes, les strass, les danses ridicules aux yeux mis clos, les confessions alcoolisées sur son passé, sa vie…la vague illusion d’un échange humain. Et puis à Bordeaux, y a la culture, les artistes et les réseaux…ah les réseaux. Bordeaux: société d’apparats, XVIIIè siècle versaillais où la Cour est devenue réseau. A Bordeaux, y a quelque chose de fitzgeraldien tout comme chez Jay McInerney. Bordeaux: Bright Light, Big City.

Alors en ce 5 avril, la douce et naïve jeune fille que je suis, destinée à mener une vie de vieille catlady, s’éveille. Et au moment même où les oiseaux se sont mis à m’habiller en chantant, je me suis souvenue que le célèbre auteur américain était invité aux Escales du Livre (Salon du Livre bordelais). Amphithéâtre bien rempli pour accueillir la star de la littérature américaine. Je connais mieux son compagnon, Bret Easton Ellis: un livre où quelqu’un aime quelqu’un qui aime quelqu’un d’autre qui aime quelque d’autre…et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le monde soit plus où moins malheureux. Ou encore, ce livre où un golden boy de Wall Street (frère de celui qui aime quelqu’un qui aime quelqu’un…) se met à déchiqueter des gens. Tous deux se proposent de décrire la jeunesse dorée de cette société américaine au sein de laquelle « on est condamné qu’on le veuille ou non à rentrer dans le rang si on veut réussir » (Norman Mailer cité par McInerney au début du Dernier des Savage). Mais voilà, rentrer dans le rang, ça tue. Et voici venue la spirale de la dépression, des errances pseudo-métaphysiques, des amitiés superflues, de la dope, des boîtes, des relations sexuelles insignifiantes, des pannes de réveil qui font enrager votre chef de service. Le McInerney du Connecticut aime New-York mais c’est pourtant la vacuité urbaine qu’il va souligner.
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Bright Lights, Big City est le premier roman de McInerney publié en 1984 (Ed. l’Olivier).  C’est une autofiction dans laquelle l’auteur relate à la deuxième personne (identification assurée) les mésaventures d’un narrateur non identifié. Le personnage devra accessoirement faire face à la mort de sa mère, le départ de sa femme, la perte de son job…le tout dans une solitude urbaine qui n’aide pas. Son seul ami, Tad Allagash dont le but ultime de la vie consiste dans « l’éclate » va l’aider à se sortir de cette sombre période via la défonce au royaume de la nuit.

Comme l’auteur, le narrateur travaille au « Service de vérification des faits » du magazine The New Yorker. McInerney nous gratifie de quelques pages de descriptions glaçantes concernant l’ambiance de travail et la monotonie de sa tâche qui consiste donc à vérifier les faits contenus dans des articles écrits par d’autres. De quoi frustrer notre jeune narrateur qui nourrit bien sûr des ambitions littéraires. Sa chef de service, Clara Tillinghast, allias « Clara la terreur » y est comparée à un « instituteur tyrannique » qui « dirige les service de vérification des faits comme une classe de maternelle ». Le pauvre homme au bout du rouleau vient d’être abandonné par sa femme, un mannequin qui l’a épousé dans le seul but d’échapper à sa cambrousse d’origine. Personne ne semble être en mesure de le soutenir si ce n’est Megan, un personnage féminin plutôt attachant qui possède un chat et un livre intitulé « Comment réussir sa vie sexuelle »…(Je l’ai tout de suite aimée).

Avec « Bright Lights, Big City », McInerney nous a livré un premier roman lucide sur la génération issue du krach de 87 aux USA mais aussi, finalement, sur cette génération occidentale des années 80 victime du choc pétrolier de 73. McInerney et Bret Easton Ellis sont caractéristiques de cette littérature contemporaine regroupée autour du « Brat Pack » qui parvient à penser une époque en perte de valeurs, une époque où la dépression flirte aussi bien avec l’économique que le psychologique. Ce roman emblématique des années 80 reste une base pour penser la génération infantilisée des années 2000, pur produit d’une course ultra-concurrentielle au travail bercée par le papa Marché assurant le règne de la valeur travail-argent et la maman Illusion ou « Poudre au yeux » qui nourrit ses enfants de strass, de fluo, d’ordi infiniment petits avec appli micro-ondes, de musique stridente et de cacophonie informative.

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