Duras, Marguerite. Le Ravissement de Lol V. Stein

Un roman qui reste bien obscur aux yeux des lecteurs. Voici une tentative de décryptage…

Ce roman relate l’histoire de Lola Valérie Stein, l’histoire de l’anéantissement d’une personne. Duras dirait que c’est le roman de la « dé-personne », de « l’impersonnalité ».  Le silence et l’inexistence de Lol s’expliquent par un traumatisme originel qui relève, entre autres, d’une peine de cœur.
Tout commence au bal de T. Beach où Lol assiste, muette, au ravissement de son fiancé pour et par une autre femme. « Ravissement » du fiancée qui s’éprend d’Anne-Marie Stretter. « Ravissement », vol, rapt du fiancée de Lol par Anne-Marie Stretter. « Ravissement » de Lol qui s’émerveille de ce « en train de tomber amoureux » et qui se projette dans le bonheur des amants qui dansent. « Ravissement » de Lol qui sera à jamais dépossédée d’elle même, comme capturée par la douleur. Perte de confiance en soi, perte de soi. Lol va alors sombrer dans un état de prostration, d’étrangeté à soi et au monde qui va se traduire par un silence et un calme intérieur. Une sorte de « folie douce », d’aliénation sereine et résignée. Personnage fantomatique, évanescent, vaporeux. Lol rend impossible toute description réaliste. La prose de Duras est alors brouillée, flottante à l’image de ce personnage qui est tout l’objet du roman. Le langage ne peut venir à bout du sentiment de vide et d’inexistence.
La « petite fille sans voix » finira alors par épouser l’homme qui voudra bien d’elle. Quelques années plus tard, elle retrouve son amie du collège, Tatiana Karl, qui a un amant, Jack Hold (le narrateur…). Lol s’abandonne alors à la reproduction du traumatisme en exerçant une sorte de fascination voyeuriste pour le couple. Pour Duras, Lol fait partie de ces gens incapables de « vivre à leur compte », de trouver le bonheur par eux-mêmes. Le vide intérieur ou l’absence à soi implique nécessairement une absence à autrui. Lol est une femme à la beauté silencieuse, envoûtante et insaisissable aussi bien par les autres que par elle-même.

Le talent du Duras dans cette œuvre c’est de parvenir à décrire une forme de folie en la dépouillant du langage psychatrique. Duras saisit un état psychique qui consiste dans l’abolition du sentiment consécutive à une douleur qui provoque l’abolition de soi: c’est Anne-Marie Stretter qu’il aurait fallu être et non soi-même.

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