Pizzolatto, Nic et Fukunaga, Cary. – True Detective.

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True Detective (Episode 1)

Juste le Pilote. N’étant pas une grande fan de séries policières, ce n’est que maintenant que je découvre cette étrange série qui nous vient tout droit de la mystérieuse Louisiane que je vénère depuis Treme. Voilà une création qui se tient à mille lieux de ces ridicules historiettes pseudo policières dont nous abreuvent tant les chaînes de grande qualité de la télévision française. Des personnages creux, l’ignorance totale de que signifie le mot « relation », des saisons qui ne sont qu’une succession de loner dénuées de toute cohérence et réflexion sur le long terme. A cela vient s’ajouter une absence de contexte politique, économique, social qui semble nous dire : « Où que vous soyez, restez vigilant car votre voisin peut être un tueur capable  de découper en morceaux votre petite fille avant de la congeler…donc méfiez-vous les uns des autres et restez chez vous ». Tel est le message non critique mais gouvernemental des séries policières diffusées en France, outre l’idée qu’avec un système de géolocalisation ultra perfectionné et un poil de cul, on peut retrouver n’importe qui même si le suspect en question a migré sur la lune. Que l’on veuille bien m’excuser cette opinion aussi tranchée qu’une tranche de salami découpée par M. Barré fils (le boucher bellâtre et athlétique de ma contrée d’origine). Mais ne digressons pas sur le boucher, revenons à nos moutons…

True Detective alors…je dis : merci. Merci à Nic Pizzolatto dont l’écriture  est celle de tout écrivain du sud des Etats-Unis qui se respecte et à Cary Fukunaga dont les plans rendent justice aux paysages marécageux et troublants de la Louisiane. Les deux acteurs sont génialissimes et Matthew Mcconaughey est juste magnifique et totalement bluffant. Le personnage de Rust Cohle  est une manipulation génético-littéraire qui fusionne l’ADN de l’archétype de l’inspecteur louisianais dépressif et alcoolique et celui de l’écrivain torturé, tout aussi alcoolique et dépressif, qui soutient la thèse de l’inutilité d’une conscience humaine illusoire. Fervent défenseur cynique de l’absence de sens qui possède pour tout mobilier un matelas et une bibliothèque à même le sol.  Notre protagoniste a de quoi se plaindre et on ne peut que l’aimer, et je l’aime. C’est donc avec ses capacités d’analyse forgées dans la solitude et la lecture de livres peu réjouissants on pense bien  que notre ami « le percepteur »  va se lancer dans la résolution d’une affaire plus que sordide. Rust Cohle a bien sûr un co-équipier, l’inspecteur Martin Hart (Woody Harrelson) un cerveau plus pragmatique qui va à l’essentiel  et qui n’a pas fini d’être dérouté par les propos de ce type ayant une forte tendance à se lancer dans des considérations hégéliennes sur la scission de la conscience humaine… bref juste un truc super conceptuel pour dire qu’avec la conscience humaine, on a créé un truc séparé de nous-même, c’est-à-dire séparé de notre nature…bref un truc contre nature qui fait qu’on réfléchit toujours sur ce qu’on fait au lieu de le vivre tout simplement et que finalement l’homme finit par devenir étranger à lui-même et donc « aliéné » (peut-être un des dialogues les plus savoureux de toute l’histoire de la série télévisée qu’il faut imaginer dans une voiture sillonnant les routes et les paysages louisianais alliant forêts à perte de vue, marécages, maisons délabrées, usines et soleil couchant). Bref, de là à torturer une prostituée avant de l’assassiner et de la disposer, froidement ou artistiquement (comme on voudra), à poil, au pied d’un arbre, mains ligotées, après l’avoir religieusement couronnée de bois de cerfs…il n’y a qu’un pas. Une affaire bien sordide donc de crime peut-être anti-chrétien mais peut-être un peu plus que ça… La camera ne se prive pas de flâner au cœur des paysages sudistes à l’histoire lourde. On aura donc droit aux plongées sur les vastes champs de canne à sucre, et aux habitations précaires à l’allure si fragile que les ouragans n’en font qu’une bouchée ( ;). On aura aussi droit au cliché de l’inspecteur taciturne et sexy, clope au bec, au comptoir d’un bar sombre, venant interroger des prostituées (et se procurer quelques drogues).

J’ai juste envie de continuer à me laisser transporter par les travellings descendants sur la voiture de mon nouveau protégé défiguré par les cernes de l’existence qui parcoure en musique les routes de la mystérieuse Louisiane.  J’ai juste envie de suivre cette équipe dont la compréhension mutuelle et les relations vont s’avérer plus que complexes. J’ai juste envie de suivre le rythme lent et le mysticisme de cette narration qui oscille de 2012 à 1995 et qui vient tout droit de la plume d’un écrivain du sud…et je sais que quand on a été forgé dans le terreau de l’héritage faulknérien, on ne peut pas décevoir. Mon intuition sera-t-elle confirmée ?

 

 

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