Mommy / Xavier Dolan. – Québec : Métafilms, 2014.

à moi même.

« On ne change pas, on met juste les costumes d’autres sur soi »

 Si Xavier Dolan ne m’avait pas tout à fait convaincue avec les Amours Imaginaires, je suis désormais conquise. Et si vous vous êtes déjà demandé si la perfection était de ce monde, je vous le dis moi, elle l’est, elle s’incarne dans cet ovni audiovisuel québécois, osé et juste, réel et onirique, pervers et normal, d’une beauté tragique et funeste mais toujours avec humour et recul. Dolan capture la vie quotidienne en format carré, les vies étriquées, celles qui ne demandent qu’à respirer, à étirer l’écran de la liberté. Dans la banlieue prolétaire de Montréal, Diane, une veuve toujours digne et magnifique dans sa galère, décide de prendre en charge son fils hyperactif, classé opposant-provoquant, une véritable marmite toujours prête à exploser. Mais l’amour n’a rien avoir là-dedans. Se pourrait-il que les grognasses moralisatrices derrière leur bureau, coincées dans leurs jupes administratives et austères, aient raison ? Les sceptiques seront confondus, certes, mais on ne change pas, on met juste les costumes d’autres sur soi. Dolan nous plonge au cœur des drames du foyer monoparental, de la précarité sociale et psychologique, des relations « perverties » qui n’en sont pas moins sublimes et sublimées. Seule l’arrivée d’un tiers peut libérer des affres d’une relation en vase clos. C’est Kyla, la voisine atteinte de troubles du langage, qui va apporter un équilibre. Qu’est-ce que tu fais dans la vie Kyla ? Je je… suis en…en congé sabbatique. Oui non mais c’est quoi ton métier ? Enseignante. Merci Xavier Dolan. No comment. On suit alors ce trio improbable qui semble fonctionner. Anne Dorval (Diane) et Suzanne Clément (Kyla)  sont éblouissantes de naturalisme, elles habitent leurs personnages corps et âmes. Les crises d’Antoine-Olivier Pilon (Steve), alias comment-on-peut-être-sexy-en-dansant-sur-Céline-Dion-et-oui-c’est-possible, sont plus que crédibles et vous prennent aux tripes. Xavier Dolan est tout simplement un génie, le seul être sur terre capable de vous donner envie de réécouter Céline Dion. Ce film va vous donner envie de danser sur Céline Dion, de faire du skate, du caddy, de crier « Liberté » dans la rue. Le cinéaste capte la beauté ensoleillée des relations douloureuses et complexes, les bonheurs éphémères, la joie lumineuse qui ne dure jamais…Il rappelle à quel point nous vivons dans une société de l’enfermement qui classifie le mal-être au lieu de le prendre à la racine. On réprime, on enferme, on étouffe. Toute relation qui sort du lot est classée comme perverse, tout comportement qui révèle une blessure est perçu comme déviant. A soigner, à traiter, à enfermer dans le carré des vies étouffées. Au bout du compte, c’est l’émotion qu’on réprime et c’est bien l’émotion que libère Xavier Dolan dans ce film où la passion, la souffrance, la rage, l’amour sous toute ses formes, le désir de liberté, reprennent leurs droits. Quand notre civilisation aura compris qu’il n’y a rien à traiter, que ce sont les traitements et normalisations excessives qui créent les maladies, on aura fait un grand pas. Sur cela je suis sceptique et serai donc confondue. Je suis de ceux qui pensent qu’on ne change pas, qu’on met juste les costumes d’autres sur soi et c’est tant mieux.

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