Nos Etoiles contraires : The Fault in our stars / John Green. – Paris : Nathan, impr. 2014.

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« Il n’y a pas de méchants. Même le cancer n’est pas vraiment un méchant, le cancer veut juste vivre lui aussi ».

Malgré une prose dénuée de poésie et quelques clichés, John Green parvient à éviter les écueils des récits sur la maladie. Ce livre fonctionne un peu comme un anti-téléthon, loin des beaux discours illusoires et bons sentiments qui vous refilent la gerbe, loin des mises en scène indécentes où la misère édulcorée des uns remplit le portefeuille des autres. Nos étoiles contraires brille et scintille par ses positions philosophiques, son cynisme et son humour plus que par ses personnages et dialogues. Ce livre a au moins le mérite de dire la vérité : personne n’est courageux ou digne face à la maladie et la souffrance. C’est un combat, certes, mais un combat sans espoir. On ne peut parler de dignité quand on en vient à baigner dans sa pisse et son vomi, encore moins d’espoir quand on sait qui est le vainqueur.  Nos étoiles contraires, c’est une histoire d’amour entre deux « créatures ontologiquement improbables ». Le cancer bouffe les os de l’un, Augustus Waters, et condamne l’autre, Hazel Grace Lancaster, à une respiration artificielle. Deux êtres, deux corps sans intégrité : l’un unijambiste, l’autre reliée une bombonne à oxygène en guise de poumons. Ces nerdfighters vont métaphoriser la lutte à travers la fiction (300, V pour Vendetta) et les jeux vidéo de guerre où l’on meurt en martyr après avoir sauvé des civils. C’est ce qui rend l’intrigue originale et cohérente. Gus et Isaac mènent une lutte cathartique derrière leurs écrans tels des jedi du cancer mais savent très bien que le cancer n’est pas un méchant : « Tu parles d’une guerre […]. Contre qui je suis en guerre ? Contre mon cancer ? Et mon cancer, c’est qui ? C’est moi. Les tumeurs sont faites de moi ». L’idée même de lutte contre le cancer perd tout son sens. La lutte réside dans l’acceptation qui n’est pas une résignation. Le personnage de Peter Van Houten, auteur d’Une Impériale Affliction, apparaît comme une sorte de maître Yoda alcoolique, un Socrate dépressif, Socrate la torpille, qui vous  met face à vos propres incohérences, « vos questions idiotes », et fait jaillir la vérité. Les victimes du cancer sont les effets secondaires d’un processus évolutif qui n’a que faire des vies individuelles. Un cancer incurable est incurable et il n’y a pas de doux paradis peuplé de licornes où l’on joue de la harpe sur des petits nuages enchantés. Il n’y a que la vie, celle-ci, cet infini moins vaste que d’autres, un bout d’éternité qu’il faut vivre à fond. Il n’y a pas de mort héroïque, de mort en martyr. On meurt dans l’oubli. On meurt pour rien. Il n’y a que l’injustice du destin, des étoiles qui ne sont pas alignées correctement, qui ont formé une constellation aberrante. A l’instar de Nietzsche, il faut accepter la souffrance pour la dépasser. A l’instar d’Epicure, Carpe Diem. Voyagez jusqu’à Amsterdam même si c’est risqué. Profitez des tempêtes de neige au printemps, graines d’ormes semblables aux pétales de roses qui volent. Goutez les étoiles d’un Dom Pérignon, goûtez l’univers tout entier. Prenez la vie, faites-lui l’amour sauvagement. Embrassez-vous dans la maison d’Anne Franck, l’ado à l’étoile contraire et aux désirs entravés par le plus injuste des destins. Ne vous demandez pas s’il est approprié de faire l’amour, faites-le, faites-le jusqu’à ce que mort s’en suive. Une belle leçon de vie (malgré tout).

PS : en ce qui me concerne, je ne regarderai pas le film qui pue le mélodrame médical à plein nez, mais je vous laisse juge.

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