Frangine / Marion Brunet. – [Paris] : Sarbacane, impr. 2013

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« Où t’es papa où t’es »?

Cheveux d’or en bataille, peau laiteuse, position fœtale, féminité naissante, visage ensommeillé, tourné vers la fenêtre. Pauline regarde défiler le paysage des prémisses de sa vie. Elle entre en Seconde en toute innocence, avec son enfance. Quelques semaines suffiront pour déchirer les posters compromettants, dire adieu aux revues sur les chevaux, vider les murs de la chambre, défaire ce cocon de petite fille blessée. Pauline a deux mamans et pas de père. Son frère Joachim aussi, mais Joachim est un mec. Nous, on se défend pas pareil. Allez-y, brisez les souvenirs, détruisez les rêves, démolissez ma famille, mon petit nid d’oisillon fébrile, pourfendez mon âme, mon corps, mon cœur d’adolescente évanescente, d’enfant disparaissante, de jeune fille aux cheveux blancs. Rien ne se fait en douceur dans ce monde. Plus tôt on doit se défendre, mieux c’est. Sale gouine, ta mère c’est une sale pute de gouine donc toi aussi t’es gouine, si tu l’es pas faut nous le prouver en nous suçant. Le genre de propos que va subir Pauline, fille de Julie et Maline, dès son entrée au lycée. Toute la violence verbale et banale dont sont capables des crétins libidineux pré-pubères. Violence verbale générée par les préjugés des parents, d’une société française statique où on préfère le harcèlement à la discussion, où l’on sacrifie les innocents. Au-delà des opinions de chacun, il y a le mal, la destruction de l’autre. Pour ou contre on s’en fou. Détruire c’est tout ce qui compte. Si je fais souffrir l’autre, je m’évite peut-être une souffrance. Tant que ça tombe pas sur moi, ça va. Diversion permanente. Noirceur angoissante, peur bleue, nœuds au ventre, crises de larmes ruisselantes, essoufflements, halètements, cris et douleurs, solitude et mutisme. Rejet, haine, insultes, ruptures. Rupture de mamie Françoise qui a renié Julie. Vous pouvez être la fille, la chair, le sang de vos parents un jour; mais rien demain si vous avez fait de mauvais choix. Je me demande alors toujours et encore ce que signifie le mot « famille ». 

  La plume de Marion Brunet s’insinue au cœur des relations humaines (frère/sœur, mère/fille, groupe/individu), se fraie un chemin à travers les discriminations, sillonne les contrées infinies de la connerie, slalome dans les couloirs de la haine et de la violence, cherche à faire de l’éducatif avec les bœufs, à extraire les Justes et libres penseurs de la jeune vieille France. Marion Brunet signe un premier roman ado très bien écrit qui respecte les ados.

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