Celle que je ne suis pas. Celle que je voudrais être. Celle que je suis / Vanyda. – [Paris] : Dargaud Bénélux, 2011.

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La trilogie de Vanyda est un petit bijou. En suivant le parcours de Valentine, c’est toute ma vie d’adolescente de 14 à 17 ans qui m’est revenue comme un boomerang. On se laisse submerger par une vague de nostalgie. J’ai vu Valentine et ses copines : Emilie la meneuse qui a tous les mecs à ses pieds, Yamina la fan de manga, Julie miss catastrophe toujours à la traîne… et j’ai vu mes copines d’alors, j’ai vu mon Emilie (la même bizarrement), Elodie, Sophie, Oriana et Nine, Céline et Vanessa, Claire, les divers groupes que j’ai plus ou moins intégrés et diverses personnes que j’ai côtoyées, perdues, retrouvées, perdues. Je vois Valentine dans sa difficulté à être et je me revois, inexistante, spectrale, une créature aux contours mal dessinés, une personnalité en cours de réalisation, souffrant de l’inachèvement. Valentine aime ses copines, fuit la solitude comme la peste, est prête à tout pour suivre le groupe. Elle s’efface et sert de faire-valoir, laisse tomber la gym pour s’intéresser aux manga comme Yamina, au hip hop comme Juliette, aux mecs comme Emilie. Elle nourrit des amours imaginaires : Félix, l’idéal masculin, le fantasme, l’obsession adolescente, la fixation furieuse, celle dont on ne parle à personne. Une chimère pour laquelle vous sentez votre cœur se soulever, se propulser en mode fusée incandescente vers l’univers infini et aussi irréel que ce que vous éprouvez. Vanyda dessine les contours nets d’une adolescente dans le flou, en jupette à carreaux et en doc’s, fine et petite, mignone mais transparente, toujours dans la lune, toujours dans sa bulle. Elle saisit l’intime, trace le trait des émotions juvéniles et palpitations cardiaques, des sentiments exacerbés, des petites bulles de monologues intérieurs, des joues rougissantes, des positions mal assises, des étreintes de pandas, des mèches rebelles qui soulignent la grâce naissante d’un visage. Valentine  découvre celle qu’elle refuse d’être : une ado influençable qui s’accorde peu de valeur et qui prend ce qu’il y a à prendre… Celle que je ne suis pas. Il faut s’affirmer et ça passe par une évolution dans les relations. En Seconde : Exit Emilie. Bonjour Gaëlle, l’intello moche mais intéressante, Baptiste le métalleux dépressif acnéique. Je me rapproche de Juliette qui a des convictions, de Melvin dont la couleur de peau lui vaudra un refoulement à notre première soirée en boîte. Et puis de Félix, toujours Félix… Je me perds dans une soirée alcoolisée, dans une foule en délire, dans un amour factice, et c’est Mathis, l’ami d’enfance, qui vient me sauver. Au même instant, je me remémore le souvenir de moi toute petite et perdue, de cette fois où je pleurais. C’est Papa qui m’a retrouvée et ensuite je l’ai perdu. La trilogie de Vanyda est aussi l’histoire d’un oedipe résolu. Celle que je voudrais être. Les manga c’est pas moi, le hip hop non plus. Et ce n’est ni Lucas et ses baisers baveux, ni Baptiste le pot de colle et encore moins Félix. Il faut se « défélixiser » et aller vers l’autre sans vouloir plaire à tout prix. Tous vont changer, se perdre et se retrouver, lutter un peu contre les discriminations et réformes scolaires mais sans plus. On avance, on se construit, on va vers le soi avec les autres et on apprend à être heureuse 😉 …Celle que je suis.

En trois volets, Vanyda parvient à saisir l’évolution des relations et personnalités. Elle dessine l’adolescence, l’émergence douce et douloureuse d’un être. Elle esquisse une métamorphose sublime, la mue délicate d’une nymphe, la naissance d’une jeune fille qui se libère de sa bulle infantile. Valentine s’efface, s’ébauche, se dessine doucement et prend forme sous le crayon de Vanyda. L’image et le scénario filent le parfait amour pour représenter la création d’une essence humaine et féminine, le passage de la chrysalide au papillon. On sourit spontanément au fil des pages parce qu’on se souvient.

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