Emma / Kaoru Mori. – Paris : Kurokawa, 2008.

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Le XIXè siècle britannique perçu par une mangaka, ça donne quoi ? Ambiance Angleterre victorienne, aristocratie déclinante et bourgeoisie naissante, colonialisme et exotisme, soubrettes en noir et blanc, ombrelles et dentelles de comtesses déchues… Rien n’a échappé au tracé de Kaoru Mori qui a su traduire avec justesse les émois d’une société sclérosée prête à ôter le corset des valeurs rigides qui étouffe ses amours. Il s’agit donc d’une histoire de soubrettes et autres complications…

Emma est une orpheline recueillie par Kelly Stowner, ancienne gouvernante d’une famille de nouveaux riches, les Jones. Dès la première rencontre et sans surprise, le jeune William Jones tombe éperdument amoureux de la mystérieuse Emma. Ils vont très rapidement être confrontés aux médisances du beau monde ainsi qu’à l’hostilité du père de William qui souhaite marier son fils à la jolie Eleanor Campell et acheter ainsi un titre de noblesse. Si le ton est léger, l’œuvre parvient toutefois à dénoncer les blocages d’une société hypocrite qui s’ennuie, aime le scandale, approuve et désapprouve les unions. L’amour d’Emma et William sera-t-il assez fort pour lutter contre les traditions ? Suspense 😉 L’amour devient ici l’ingrédient de la lutte des classes, mettant à jour les contradictions d’une société ultra hiérarchisée qui aspire au changement. A la fin de la saga, le chemin de fer s’étend et les froufrous des soubrettes dansent avec ceux des bourgeoises. On sent la Belle Epoque et c’est le choix de ce tournant historique qui permet à Kaoru Mori d’éviter l’écueil du roman à l’eau de rose XIXè. La mangaka a su restituer à la perfection l’atmosphère de l’Angleterre victorienne et de l’urbanisation naissante – diversité, tumulte, débuts de la consommation (cf. shopping des soubrettes), avènement d’une mondialisation culturelle et artistique (beau chapitre flash-back sur Kelly Stowner et son époux à l’Exposition Universelle). Le dessin de Kaoru Mori atteint tous les détails de l’architecture XIXè comme ceux des vêtements, lingeries et autres décors et corps (cf. Corset et féminité d’Emma ci-dessous 😉 ) On appréciera aussi le traitement du contexte colonialiste à travers le personnage d’Hakim, ami de William à l’humour décapant – amitié résultant de la relation commerciale entre les Jones et les comptoirs indiens. Les scènes de ragots de femmes de chambre et la traversée dans les coulisses de la domesticité du XIXè font d’Emma une œuvre qui n’a rien à envier au très admirable Downton Abbey.

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Drôle et rafraîchissant, romantique et sociétal, un manga pour ceux qui aiment le XIXè et qui sont prêts à se détendre le corset ( => interdit aux universitaires rasoirs, clichés ambulants épris de Fin de siècle). Une ribambelle de personnages secondaires super sympas vous attend (dont Mrs Trollope 😉 ).  

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