Le Coeur régulier / Olivier Adam. – Paris : Editions de l’Olivier, impr. 2010.

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Sarah vient de perdre son frère Nathan et s’apprête à perdre son travail. Elle décide de partir au Japon où son frère s’est rendu peu avant son « accident-suicide ». Là-bas, elle sera amenée à contempler son existence.

Deuil, exil, sentiment de vacuité : autant d’occasions pour faire l’expérience du sens de la vie. En apparence, Sarah a tout pour être heureuse : mari aimant et « parfait », enfants, maison, travail bien payé et gratifiant. En deçà des apparences : la noirceur du réel réveillée par la mort de Nathan. Il est de ces gens que l’on n’aime pas fréquenter. Ce sont les pro du jetage de froid au cours d’un dîner, les pseudo-philosophes cyniques qui pensent le monde et ont décidé de faire chier le monde en rappelant incessamment qu’il ne tourne pas rond : corruption politique, idéologie libérale winner/looser, totalitarisme publicitaire qui fait de nous de vulgaires consommateurs lobotomisés, guerre dans le monde, pauvreté maintenue par un système inégalitaire et frauduleux. Bref le monde est horrible. Il est de ces gens qui ne peuvent se soustraire à cette réalité, se dire qu’il faut pendre le plein du verre à moitié vide, cesser de vouloir ajuster le monde à ces désirs en nourrissant des pensées révolutionnaires puériles mais s’y intégrer. Il est de ces gens incapables de s’intégrer, virevoltant d’un job à un autre, instillant partout la morne vérité d’un monde absurde. Il est de ces gens faibles qui n’ont pour réponse que la cruauté du monde et le rejet social. Nathan fait partie de ces gens, je dirais à la personnalité borderline, qui refusent de se soumettre aux apparences, qui refusent de jouer la comédie humaine. L’illusion est pourtant la seule façon de survivre en ce monde. Sarah a toujours eu peur de la contagion, de se laisser entraîner dans la spirale de la lucidité mélancolique. Elle a choisi l’illusion et a pris ses distances avec son frère. Partie au Japon pour retrouver les traces de son frère perdu, elle se rend compte qu’elle est devenue étrangère à elle-même et que sa vie n’est qu’une vaste blague. Il ne faut jamais arrêter de faire tourner la roue du quotidien, il ne faut jamais arrêter le métro-boulot-dodo au risque de se retrouver face à sa propre vie et de rejoindre les Nathan(s).

Un roman d’écorché vif, purement mélancolique. Une littérature qui mime la vie réelle et ne fait pas de concessions. Pas d’évasion possible. Une intrigue minimaliste, une écriture qui dessine le paysage de l’âme et sonde les battements du coeur.

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