Où sont passés les grands jours ? . – Charnay les Mâcon : Bamboo éditions, impr. 2015. (Grand Angle).

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« Nan, c’est classe, moi j’trouve, décider du moment, mourir avant de dépérir, partir avec panache… »

C’est l’histoire de trois amis, Hugo, Etienne et Jean-Marc, frappés de plein fouet par la dure réalité : l’absence de sens. Un postulat légué par leur pote Fred qui, d’un commun accord avec lui-même, décide de se tirer une balle dans la tête. Autres legs : un monocycle et un lance-pierre pour Hugo, un accordéon pourri et 8 places d’opéra pompeux pour Jean-Marc, un livre indigeste de Sartre pour Etienne. Autrement dit : « ? ». 

Dans son dernier diptyque, Jim dresse un portrait réaliste et poétique d’une bande de quadras paumés qui vivent leurs vie comme des manches. Avec talent et justesse, Jim met ses personnages face à leurs responsabilités. Il leur balance le « vertige de la liberté » en pleine poire : leur fait comprendre que tout choix, tout engagement, réduit les possibilités qui s’offrent à l’homme vieillissant. Le scénariste n’épargne pas ses personnages en proie au doute et au néant. Entre la lâcheté de Hugo, la trouille de vivre de Jean-Marc le geek, les renoncements d’Etienne et les situations des personnages secondaires tout aussi riches en couleurs, Jim nous entraîne tout simplement sur la pente des difficultés du quotidien. Il réussit à nous parler de cette chienne de vie, à en faire ressortir ce qu’il y a de plus merdique, de plus insignifiant et de plus beau. Il nous trace une esquisse mélancolique et sartrienne de la crise de la quarantaine ; ébauche une galerie existentialiste de personnages parfois insupportables mais touchants, qui vont devoir créer du sens, passer du néant à l’être. Un orange crépusculaire vient accompagner cette phase de transition, cette crise d’une beauté douloureuse que doivent affronter les trois amis. Surtout Hugo. Hugo le paumé. Hugo qui ne sait plus qui il est, qui a gardé le numéro de Fred sur sont tel et le compose… Hugo qui veut attraper les étoiles, contemple son passé et ses rêves brisés avec remords et regrets au lieu de les traiter avec une nostalgie heureuse pour créer l’avenir. Où sont passés les grands jours, les rêves, les idéaux, les valeurs, les convictions, les amours les plus fous ? Tous avalés par la vie, engloutis sous le poids fracassant des cruelles années, enterrés sous le tombeau du quotidien qui emprisonne nos âmes ? Que reste-t-il ? Tout. Si on agit, si on choisit. Si on choisit la vie.

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Le trait de Tefenkgi surplombe la ville, les rues et ces petites vies. L’illustrateur nous régale de paysages urbains nuptiaux et aériens dans lesquels se perdent des personnages merveilleusement ordinaires qui s’acheminent doucement vers l’âge de raison. L’esthétique claire obscure mêlant le bleu à l’orange se marie parfaitement à l’intrigue de Jim. Une intrigue lente à l’image de la vie qui se cherche tant bien que mal : sans ordre, dans l’erreur, dans les temps morts et l’égarement au plus profond de la nuit… jusqu’à ce que l’on soit suffisamment mûrs pour cueillir les instants d’une joie lumineuse et pleine de sens.

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