La Passe-miroir : Les Fiancés de l’Hiver / Christelle Dabos. – Paris : Gallimard jeunesse, impr. 2013.

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« Faites vos propres choix, petite demoiselle. Si vous ne prenez pas votre liberté aujourd’hui, il sera trop tard demain ».

Jeune fille maladroite et réservée, Ophélie mène une existence paisible au sein d’un musée sur l’île d’Anima. Héroïne aussi insignifiante qu’attachante, elle possède deux pouvoirs : celui de lire le passé des objets et celui de traverser les miroirs. Plus à l’aise avec les objets qu’avec les humains, sa vie est chamboulée le jour où on lui annonce son mariage forcé avec un « ours », habitant de la Citacielle dans l’arche volante du Pôle. Elle va alors devoir affronter un univers lointain et glacial, à l’architecture miroitante et illusionniste, fondé sur les apparats, où on ne lui veut pas que du bien.

Il est question de vérité et d’illusion, de médisance et de sincérité, de méfiance et d’alliances, de complots et de confiance, de manipulations et d’affinités – de décors, de théâtre, de cour et de courtisans, de ragots, de sourires feints, de masques d’amabilité, de comédie humaine, de dissimulation, de costumes et de faciès travaillés, de reflets… de crasse sous le vernis. Bref, il est question d’une jeune personne sans expérience qui va devoir affronter le monde réel. Il est aussi question de familles, d’héritages, de clans, de luttes pour sauvegarder sa position à n’importe quel prix. Ophélie saura-elle trouver sa place sans se perdre, sans se compromettre, sans « devenir une des leurs » ? A la fin de l’aventure, notre liseuse pourra-t-elle encore affronter son reflet dans un miroir ?

La plume argentée de Christelle Dabos scintille sur les eaux miroitantes d’un monde aussi illusoire que réel. L’auteur a su créer un univers fantastique original où la magie a du sens, où le merveilleux métaphorise le monde des apparences – celui de la Cour d’une époque pas si révolue dans laquelle l’image compte plus que la vérité des âmes. On plonge volontiers dans cette intrigue au cœur de la Belle Epoque où les décors, les odeurs florales et le soleil sont virtuels, où les pièces sont évanescentes, où les ascenseurs nous baladent d’un monde à l’autre, où l’on s’égare dans l’illusion, où notre personnalité et notre existence sont sans cesse menacées. On y rencontre des personnages travaillés. Une Ophélie en formation : réservée et courageuse, effacée et vive, myope et clairvoyante, quelconque et percutante. Un fiancée froid et taciturne, aux cicatrices béantes. Une tante manipulatrice d’une beauté glaciale et céleste. Une mécanicienne de bon conseil connaissant bien les rouages du système. Coup de cœur pour Archibald, dandy séducteur fin de siècle, personnage ambigu surprotégeant sa petite troupe de sœurs tout à fait étranges et exquises. Christelle Dabos nous fait miroiter un univers onirique complexe, nous perd dans un labyrinthe hallucinatoire, un couloir de mirages, un palais des glaces impitoyable sans issues renvoyant l’image d’une société reposant sur le paraître où l’on ne sait à qui se fier.

On a juste envie de plonger tête baissée dans le miroir du tome 2 et de s’en sortir avec Ophélie. Catharsis oblige. Car on sait tous qu’à la fin de l’aventure, dans le monde réel des apparences, le miroir nous renverra inexorablement le visage d’un(e) inconnu(e). Et il sera alors impossible de  passer.

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