Juliette / Camille Jourdy. – Arles : Actes Sud, DL 2016

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C’est fin, c’est doux, c’est joli, c’est Camille Jourdy.

L’auteure de Rosalie Blum revient avec Juliette pour nous régaler de ses petites intrigues de bourgade et de la justesse de son trait aux couleurs de la vie et des tapisseries kitsch.

Ce n’est pas tant le personnage de Juliette qui est creusé ici. La vedette c’est plutôt sa grosse sœur, Marylou, mariée deux enfants et un amant. Amant tantôt déguisé en ours tantôt en loup ou en fantôme – ça fait partie du folklore à la Jourdy. Marylou, l’aînée qui est forte, responsable et peut tout endurer. La vedette c’est cette petite famille éclatée, le père insomniaque et désespérément seul, jaloux du nouvel amant illuminé de son ex-femme qui réalise des toiles abstraites intitulées « Menstruations » et participe à des groupes de rire et de relaxation. C’est aussi la mamie atteinte d’Alzheimer qui rendra la mémoire à Juliette en révélant à son insu un lourd secret de famille. C’est donc l’histoire de tout ceux qui sont restés, de leur vie au quotidien dans la petite ville. Juliette dans tout ça, c’est la petite parisienne coincée qui revient dans sa province natale, avec ses angoisses, son stress et ses crises hypocondriaques. On voit alors Juliette avec les yeux de sa famille, c’est à dire qu’on ne la voit pas. On ne la verra jamais telle qu’elle est et c’est toute l’originalité de cette BD qui atteint le sublime. A la fin, on ne sait toujours pas qui est cette fille tombée dans la « dimension tragique ». Seul Polux (lol), un des piliers de comptoir du coin, s’intéressera à elle et parviendra à saisir son malaise. Les scènes du bistrot sont assez jubilatoires : forte impression de déjà-vu pour qui connaît la douce province quand Juliette se ramène et que tous les clients se retournent. Un lien va se créer entre cet homme un peu perdu et cette fille un peu perdue, autour de l’adoption d’un bébé canard trouvé au parc… oui parce qu’en fait avec Camille, rien n’est jamais très grave et tout prête à rire. Et là où il ne se passe rien, il peut toujours se passer des petits riens qui ont leur petite importance… c’est du Camille Jourdy tout craché et c’est pour ça qu’on l’aime.

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Camille dessine alors ce petit chassé-croisé en train, entre la parisienne coincée ici et la provinciale qu’elle sera toujours là-bas. Elle dépeint par touches délicates les petites choses avec grandeur aussi bien du bout de son crayon qu’avec sa subtilité scénaristique. Son talent c’est de dire les choses sans jamais les dire. Elle nous les fait simplement ressentir par le réalisme de son atmosphère aquarellée, les détails de ses vignettes : un air songeur, un regard, un sourire, un geste, un champ/contre-champ révélant des émotions, une panthère rose pour protéger l’enfance, un caniche qui dit toute la solitude d’une femme, un rouge à lèvre et une robe à fleurs qui invitent au désir, un journal qui se baisse une fois l’interlocuteur parti traduisant la difficulté à communiquer… C’est fin, c’est doux, c’est joli, c’est Camille Jourdy.

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