La Blancheur qu’on croyait éternelle / Virginie Carton. – Paris : Stock, DL 2014.

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Un petit roman sympa et désuet, pour l’été, pour la plage… à Deauville peut-être… sans Trintignant.

« C’est beau quand même d’envoyer un télégramme comme ça, il faut avoir du culot. C’est vrai, c’est extraordinaire qu’une femme belle vous envoie un télégramme comme ça, c’est merveilleux ».

Deauville. Trintignant et Anouk Aimée. Un foulard dans le vent. Les cheveux de Romy Schneider. Un télégramme. Une époque révolue. Un romantisme envolé.

Mathilde et Lucien sont voisins mais ne se connaissent pas. Mathilde rêve d’avoir les cheveux de Romy Schneider et ne veut qu’une seule chose : qu’on la laisse tranquille. Elle est heureuse dans son métier de vendeuse en chocolaterie et ce malgré ses études supérieures et la pression parentale. Lucien est pédiatre et fan de Trintignant. Ils ont la trentaine et tout n’est plus si blanc. Les années ont jauni la pureté des sentiments. Ils sont seuls et ne se reconnaissent pas au pays merveilleux des sextos, des MDR, des smiley, de Facebook et Tinder. Tous deux souffrent de décalage chronique, tous deux ont raté le train de leur époque. L’une aime les Prince à la Vanille, Romy Schneider, les draps brodés d’un blanc immaculé. L’autre envoie encore des cartes de vœux et cherche « une fille plus Avignon qu’Ibiza ». Vont-ils se rencontrer ? Suspense.

Hymne à la désuétude, c’est le roman qui ne vous fait plus culpabiliser de vous sentir comme un étranger échoué sur les plages du 3è millénaire. Le roman qui vous donne envie d’écouter de la chanson française et vous dit que vous n’êtes peut-être pas seul à être comme un cheveu au milieu de la soupe dans une foule euphorique devant les DJ. Le roman qui vous donne envie d’être vous, avec votre charme désuet, démodé, suranné, obsolète.

C’est aussi l’histoire d’une rencontre invraisemblable et mythique au sens propre. Mythique dans le monde de Meetic. Impossible dans le monde de la rencontre algorithmée, rythmé par une cadence virtuelle faite de points verts. Improbable dans un monde où vous croiriez fou le type qui vient vous aborder avec sa blague foireuse pendant que vous lisez sur un banc. C’est mignon et on veut y croire, nous les filles trentenaires, seules et désuètes. Nous, narcisses impuissantes, qui contemplons le reflet de notre jeunesse déclinante dans l’eau des jardins publics. Nous qui assistons au spectacle des roses bourgeonnantes, émanant le printemps, s’épanouissant et se fanant aussitôt. Floraison funèbre. Le temps d’une courte saison. Le temps d’une vie ratée sous la pluie. Nous, mourant d’avoir attendu la rencontre d’un autre temps, le temps des télégrammes.

Vont-ils se rencontrer ? Un jour à Deauville peut-être ? Une douce mélodie au piano dans les oreilles, un foulard qui s’envole… Suspense.

https://www.youtube.com/watch?v=hfJuvZAyVMc

Extrait :

«  Il se pencha délicatement pour lire le titre du livre. La couverture était bleu nuit, illustrée d’une galaxie en forme de spirale. Ça s’appelait : Près des étoiles.

« Ils ont quitté leurs terre ? »

La fille, interrompue dans sa lecture, leva le nez. Elle devait avoir moins de trente ans.

« Quoi ?

– Est-ce qu’ils ont déjà traversé les rizières jusqu’au grand fleuve salé ?

– Excusez-moi mais je ne comprends rien. »  »

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