Les Morues / Titiou Lecoq. – Vauvert : Au Diable Vauvert, DL 2011.

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Les Morues de Titiou Lecoq, c’est un roman féministe, politique et social. Ouais ouais ouais ouais ouais ouais ouais ouais.

Féministe parce qu’on suit un groupe de 3 meufs cool, indépendantes et à la mode, appelé les « Morues » : une barmaid fadasse (Alice), une aristo-péripatéticienne amourachée d’un connard de droite (Gabrielle) et une journaliste qui refuse de faire du gigot d’agneau pour son mec qui n’est pas son mec (Ema). C’est un livre qui allie humour et gravité et dans lequel on nous explique que se faire menotter, se faire prendre le cul et coller sa moule au premier rocher venu, c’est féministe et synonyme de liberté sexuelle et que si les types sont mal à l’aise avec ça, c’est parce qu’ils ne peuvent pas dépasser la très pertinente dichotomie socio-historique pute / mère. Ouais.

Politique parce que l’histoire débute sur le suicide de Charlotte, la meilleure amie d’Ema (donc la journaliste aux idées très nuancées pour qui faire un gigot d’agneau relève d’une véritable régression du statut de la femme), qui bossait pour une boîte chargée de soutenir la mise en place de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) : privatisation des services publics engagée en France depuis le début des années 2000. Pour savoir comment survoler une toile de fond politique en or : appeler Titiou Lecoq. On ne pouvait pas dire qu’il n’y avait pas matière mais voilà : quand on veut faire du second degré à tout prix pour être cool, on ne peut pas vraiment traiter son sujet et ce même à coup de références à Foucault ou Musset. Bref, en mode Club des 5, le club des Morues va mener sa petite enquête sur le mystérieux suicide-ou pas de Charlotte, faisant ainsi pivoter le roman dans une dimension polar qui ne trouvera aucune résolution (bon choix de Titiou Lecoq, manquerait plus qu’une bande de trentenaires paumées aient prise sur le système).

Social parce qu’on nous montre aussi les dérives d’un système extrêmement précaire où n’importe qui peut perdre son boulot du jour au lendemain, d’un système hiérarchique qui nie l’individu et ses valeurs jusqu’à le pousser à bout. Cela dit voilà… comment vous dire… : à mon humble avis, il est rare qu’une journaliste au chômage en mode dépression-recherche d’emploi soit sauvée par miracle par un ami qui lui propose l’exclusivité d’un article sur lui-même et son génie alors inconnu. Je dis ça mais je dis rien. Après tout, il faut bien que le roman avance.

J’ai trouvé le personnage d’Ema détestable, aussi haïssable qu’un cliché de meuf parisienne qui déprime dans ses nouvelles bottines et revendique à tout bout de champ sa liberté intello-sexuelle. J’ai trouvé le personnage de Gabrielle d’Estrée peu crédible. Je n’ai pas eu le temps d’avoir une opinion sur Alice tant le personnage est bâclé. Quant à Fred, le no life (un cliché cool de plus), le blogueur qui fait le buzz et rejoint le club des Morues… Je ne reviens pas sur la notion de crédibilité et la façon dont un roman qui se serait voulu miroir de la société aurait dû refléter, dans le cas de Fred, un ego surdimensionné vomi sur la toile dont personne n’a rien à foutre et non un génie littéraire incompris aspirant à l’anonymat. Et je ne parlerai pas de la petite révélation finale qui m’a fait gerber tout le ‘mélodramatisme’ ingurgité au cours de mon existence (et Dieu sait que j’en ai ingurgité, ben oui la vie est dure et il fallait tenir).

Pour en revenir à Ema et le féminisme (non parce qu’il faut que ça sorte là), il faut quand même m’expliquer le degré de crédibilité dans l’histoire de la fille à plans Q qui se fait baiser dans les chiottes de son job (le truc qui nous arrive à toutes bien sûr… aller ça se passe peut-être à Paris et encore… d’ailleurs ce livre est un petit livre de parisienne-clichée-en-bottines-marrons), qui ne veut pas s’engager parce qu’elle tient trop à son indépendance laquelle n’est en fait que l’expression pure et simple de son égarement névrotique, mais qui finit quand même par alpaguer ce connard de Blester lequel se transforme soudainement en amoureux transi sincèrement épris d’une pauvre tarée au chômage ??? C’est tout juste si je ne m’attendais pas à un « Et il vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». En réalité, les Blester à barbe, on les connaît et la fin aussi : avec le féminisme et le charabia autour de l’indépendance, on a signé pour un millénaire de plans Q. Voilà tout. Voilà le Réel, le vrai, celui qui n’est pas peuplé de licornes roses volant sur un nuage de légèreté commerciale sponsorisé par le second degré.

vieilleseuleavecdeschats

Rienàfoutred’êtrecool 

Bien connassement,

PS : Dans La Théorie de la Tartine, roman publié 4 ans après (https://chroniquesdebrindille.wordpress.com/?s=th%C3%A9orie+de+la+tartine), l’auteure se débarrasse des clichés et creuse son sujet. Titiou Lecoq a du talent et des choses à dire, c’est incontestable. Merde, j’arrive pas à être un connasse jusqu’au bout.

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