END : Elisabeth (Tome 1) / Barbara Canepa, Anna Merli. Paris : Editions Soleil, 2012. (Collection Métamorphose)

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« La Vie est un rêve et c’est le réveil qui nous tue », Virginia Woolf

End, c’est d’abord et avant tout un univers. Un univers empreint de mélancolie, de poésie mortuaire, d’ésotérisme lunaire, d’enfance achevée et d’adolescence étouffée. Pour passer la porte de cette œuvre mystérieuse et funèbre, il ne faut craindre ni la mort ni la douleur de la solitude éternelle (ni les araignées). L’univers graphique frôle le sublime et nous plonge dans une atmosphère victorienne et gothique. Un parfum de Fin de siècle se diffuse dans chaque détail : architecture en arabesques, motifs dentelés, coupe-papiers et lettres jaunies, décors baroques, fers forgés, statues antiques, murs envahis de lierre, saules pleureurs. L’ombre amicale de Benjamin Lacombe plane sur les planches d’Anna Merli et Barbara Canepa et c’est un sombre délice pour qui adhère aux contes noirs.

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Alors on découvre Elisabeth. Une adolescente de 13 ans qui se réveille de la vie et assiste à son enterrement. Alors elle comprend. Son âme a rejoint le royaume des morts. La jeune fille aux cheveux lunaires et à la peau d’opale est condamnée à l’éternité. Prisonnière d’un jardin funéraire, d’une forêt noire peuplée de créatures étranges et d’arbres sans âge. Elle erre dans cette sorte de purgatoire fantasmagorique aux décors glaçants, accompagnée de ses amis animaux frappés d’anomalies : Napoléon le chat-serpent, Ulysse la chauve-souris-poulet, Léonardo le crapaud-araignée. Pareille à un papillon pris au piège de la toile des ténèbres de l’éternité et de l’ennui mortel, Elisabeth ne parvient plus à respirer et va chercher à s’échapper de cette serre funèbre. Du côté des vivants, dans le pensionnat où elle étudiait, sa sœur et ses amies s’interrogent sur les circonstances de sa disparition et vont mener l’enquête. Elisabeth finira-t-elle par retrouver les siens ? Si oui, cela risque de poser problème car Elisabeth est aussi frappée d’anomalie : elle ne peut toucher les vivants sous peine de mort pour ceux-ci…

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Les éditions Soleil publient une œuvre sombre et poétique, dans la génialissime collection Métamorphose, qui nous entraîne dans le dédale des angoisses métaphysiques de l’adolescence. L’anomalie d’Elisabeth et celles des animaux rappellent les tourments de la métamorphose adolescente. Coupée du monde des vivants, Elisabeth se tient à la frontière cristalline entre la vie et la mort. Enterrée vivante, elle se noie dans un sentiment de non existence. Prisonnière de l’éternité noire, elle suffoque dans un mausolée clair-obscur comme ses amies et sa soeur étouffent dans les conventions austères du pensionnat.

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Un BD aux accents romantiques, au graphisme scintillant de lyrisme noir où la nature, lunaire et ténébreuse, est miroir de l’âme. Hâte de lire la suite.

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