Tinder Surprise / Ana Ker. Paris : Albin Michel, DL 2017.

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Tinder Surprise est un roman-transat qui se lit en 2h avec un cerveau en mode semi-sieste. Un roman dans l’air du temps qui se consomme et se jette (dans la poubelle noire). On surfe, avec une rapidité déconcertante, sur les pages de l’épopée marathonienne de Joséphine à qui ses super « copines » ont lancé un défi : trouver l’amour en 14 jours sur Tinder. Je sais, ça ressemble à une mauvaise comédie romantico-de-mes-deux à la française. Là, normalement vous commencez à comprendre que je vais rédiger une chronique de fille chiante.

Bref, on rigole bien et on se détend mais c’est tout. Tinder Surprise n’est pas un roman générationnel. On est en droit (nom d’une pelle à tarte) d’exiger un peu plus de profondeur pour un roman qui prétend capter l’âme d’une génération. En l’occurrence ici, la génération Y qui balaye le monde de son vaillant petit index derrière son petit écran, celle qui consomme tout y compris l’autre. Alors oui évidemment, il faut en rire. Bien sûr qu’il faut une sacrée dose de dérision, une généreuse pincée de cynisme, une bonne louchasse de second degré pour traiter tout ça. Tout ça quoi ? Je ne sais pas moi : la solitude des temps modernes qui fait de vous le maillon faible de la chaîne relationnelle et sexuelle, l’enfermement des individus derrière leurs écrans et dans leurs quelques m2, l’industrialisation numérique des rapports amoureux, la cruauté du rejet quand on ne correspond pas au modèle Charlize Theron qu’on croise tous les matins en allant prendre son foutu bus… Bref, n’importe quoi mais une envolée lyrique quelconque à se mettre sous la dent et qui ferait ressortir le pathétique voire le tragique de la situation : devoir se vendre sur le net avec une photo de soi au sourire constipé et un slogan ridicule destiné à happer le consommateur. Bref, en arriver là et se dire : « je suis le produit ». Tout ça parce que la folie du monde rend impossible la fameuse RENCONTRE. Bon je vous l’accorde, sans humour et second degré, on se suicide. Sauf que le problème chez Ana Ker, c’est que le second degré, il sonne premier degré. Ben oui, on la sent de toute façon la démarche anthropologique qui tente de se cacher derrière ce trop plein d’humour. Et c’est pas le tout car après nous avoir baladé pendant 2h au pays de la légèreté, elle vient nous plomber avec une conclusion bien lourde en cliché du genre [Attention, la vie virtuelle, c’est mal. La vie réelle, c’est bien]. Sans déconner, c’est la conclusion exacte du « J’aime Lire » que j’ai lu ce matin à une classe de CM que j’accueille en bib. Bref, on se fait enfler sur la qualité du produit. On a Superliké mais au bout d’un moment on se rend compte que c’est un Fake. On nous a fait croire qu’on ne jugeait pas,  qu’on abordait tout ça depuis les plus hauts sommets de l’humour, tout ça pour finalement venir châtier les vilains consommateurs accrocs aux sites de rencontres avec une espèce de morale bien tranchée en mode fable de La Fontaine. Le tout en oubliant le principal et un soupçon de nuance dans l’analyse : comme toute technologie, les appli de rencontres sont des outils. Ni bon ni mauvais en soi. Aux utilisateurs d’en faire l’usage qu’ils souhaitent. Car, comme elle le dit très bien, il y a de tout sur les sites de rencontres : du crétin qui envoie sa bite au timide en quête d’amour. Et ne parlons pas du niveau de crédibilité dans le cumul de 2 date par soirs (qui ne sont pas forcément des PQ) alors qu’en réalité, à moins d’avoir le physique de Charlize, de longues pages épistolaires précèdent les rencontres fantasmées. Enfin, il faut ajouter à tout cela des personnages d’un vide intersidéral tant et si bien que les copines se nomment Copine 1, Copine 2, Copine 3, Copine 4. On pourrait se dire que cela prend sens dans le contexte du shopping de l’humain façon nouveau roman et dépersonnalisation… Mais bon, le fait de ne pas nommer les personnages n’a jamais empêché Sarraute ou Robbe-Grillet de leur donner un peu de contour. Et j’oubliais : le point de vue masculin est le grand absent de ce roman qui se veut générationnel (objectif difficile à atteindre avec un seul sexe).

Au final, question humour et récit générationnel, Ana Ker est une sorte de VF ratée de Lena Dunham, et son Tinder Surprise un Girls 2.0. Par contre, on peut trouver des passages proches de BroadCity, notamment quand l’héroïne en vient à égarer le préservatif de son partenaire dans les méandres de son vagin. Je vais m’arrêter là. C’est bien comme ça. Je disais donc, un roman-transat qui détend et a quand même le mérite d’être fluide (il faut le dire), de faire sourire et d’être vite absorbé. Bref, j’ai matché et je supprime l’affinité. Next.

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