Chanson de la ville silencieuse / Olivier Adam. – Paris : Flammarion, DL 2018.

« Je me sens soudain si vieille. Sans doute l’ai-je toujours été. La foule m’oppresse. L’agitation m’inquiète. Les cris. Les effusions. L’enivrement général. J’ai toujours été mal à l’aise dans les fêtes. Les grandes assemblées. Les rues bondées. Partout, je cherche un passage dérobé. Un itinéraire secret ».

Avec Chanson de la ville silencieuse, Olivier Adam compose un texte aux accents mélancoliques, une mélodie aux tonalités poétiques.

Il entonne le refrain de l’absence. L’absence vécue par la fille d’un célèbre chanteur disparu. Une absence si présente qu’elle fend le coeur et l’âme. Une absence fantomatique qui déteint sur l’existence floue de la fille délaissée. On écoute la voix frêle d’une fille qui cherche sa place dans le monde. Une fille aux contours opaques, une fille non affirmée, une fille à la timidité maladive et à la réalité incertaine. Petite, sa mère quitte le continent. Elle partage alors la maison de son père qu’elle ne fait que croiser dans les nuits blanches et arrosées. D’autres fois, son père part en tournée pendant des mois, la laissant seule dans le silence de la nuit. Peu après sa disparition mystérieuse, elle part à sa recherche dans la ville de Lisbonne. Ville évanescente. Où de sombres silhouettes apparaissent et disparaissent entre les passages dérobés. Elle piste ce mendiant errant de la musique, sans pour autant se faire d’illusions. Ce père évaporé dans la nuit de Lisbonne. Ce père qui reste une énigme, un spectre se dérobant sans cesse. Insaisissable. Essence sibylline pour cette passante de Lisbonne.

S’il y a le « je » de la fille délaissée, il y a aussi le « je » de l’écrivain dissimulé derrière ce chanteur célèbre. Un « je » qui aspire à la sérénité de l’anonymat, loin du cirque médiatique, loin de l’industrie culturelle qui verrouille la création. C’est un récit où l’auteur semble nous livrer ses peurs les plus profondes : la mort de l’inspiration, la tentation de la fuite dissolvante, l’errance de ceux qui restent. Dans tous les cas, on avance avec la sensation désarmante de ne pas savoir où aller…

Un roman qui s’écoute comme une chanson mélancolique. Errance, absence, évanescence identitaire, fuite, filiation douloureuse, deuil. Une compilation d’états d’âme qui se dispersent dans la poésie de ces quelques pages, dans le silence de la nuit. Bref, un roman d’écorché vif.

Chanson de la ville silencieuse, Dominique A.

mer de nuit by Anh Mat

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