La Vraie vie / Adeline Dieudonné. Paris : L’Iconoclaste, DL 2018.

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« Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie ».

« La vie est une grande soupe dans un mixer au milieu de laquelle il faut essayer de ne pas finir déchiqueté par les lames qui vous attirent vers le fond ».

Adeline Dieudonné traque les ténèbres de l’âme, chasse la colère noire, enferme la violence et la terreur dans le piège de sa plume en acier. La tension est palpable. L’angoisse vous prend à la gorge et vous serre dans ses grandes mains rugueuses.

La narratrice a 10 ans. Jamais nommée, elle vit dans un lotissement gris et laid des années 70, avec ses parents et son petit frère Gilles. Son père est un chasseur, à la carrure d’équarrisseur, qui ramène des trophées et têtes empaillées. Sa mère n’est rien. Une vulgaire amibe gorgée de peur, une petite proie qui se tait face à la violence dominatrice du chasseur. Un jour, la narratrice et son frère sont témoins d’un accident. Peu à peu, la hyène s’empare de son frère, lui mange le cerveau et lui tord le visage… Pour le sauver, elle décide de remonter le temps comme dans Retour vers le futur. Elle va s’accrocher à cette idée, se réfugier dans l’imaginaire pour échapper à la hyène. Difficile de savoir ce qu’est réellement la hyène et je crois que l’auteure nous laisse libre dans l’interprétation. La mort, le néant, la violence, l’angoisse, une masse de sentiments sombres et horrifiques qui s’empare de l’esprit. Une mutation de l’être qui se nourrit de souffrance et vous transforme en bloc de haine. La mort ou la vie qui se jouent de vous, qui hurlent de rire face à vos espoirs et vos illusions, qui vous empaille sur place comme une tête de biche accrochée à un mur pour l’éternité. Ou bien tel chemin tortueux qu’un enfant ou ado est susceptible de prendre en fonction de ses traumas et du modèle qu’il choisit. Et Gilles semble bien parti pour prendre le chemin « chasse et tradition » de son père… Mais l’héroïne ne capitulera pas et refusera le statut de proie. Un accent féministe finement posé sur l’oeuvre. Elle deviendra Marie Curie, experte en physique quantique et voyages spatio-temporels. Ses courbes, sa sensualité et son intellect vont évoluer. Elle va s’accrocher à la vie alors qu’elle n’a précisément aucune prise et c’est ce qui est beau dans ce livre. Cet infime souffle de vie qui perdure au sein de la violence. Sa fuite vers l’imaginaire va se muer en poursuite du savoir. Sa pensée magique peuplée de fées des bois va laisser place à la science et l’avenir. Elle va grandir et comprendre la vraie vie. Mais parviendra-t-elle à sauver son petit frère ?

Une fable noire qui se dévore à pleins crocs. Un conte cruel et sauvage forgé au son du Metal. Une traque à couper le souffle. La vie qui s’incarne dans ces quelques pages, dans tout ce qu’elle a de plus effrayant, terrifique et vrai. Courrez ! Aussi vite que vous le pouvez. Car elle n’a jamais fini de rire…

La fuite de Simba

Pagan Fears

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