Tenir jusqu’à l’aube / Carole Fives. – Paris : Gallimard, DL 2018.

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A toutes les mères célibataires.

A ma maman que j’aime par-dessus tout.

L’enfant. Il a 2 ans. Se réveille toutes les nuits. Réclame toute votre attention, aspire toute votre énergie. Pleure, crie, dit « non », fait rouler les jouets sur les voisins. S’agrippe à votre cou, votre chair, votre corps, jusqu’à devenir une excroissance de vous-même. Carol Five glisse avec finesse et justesse sur un tabou : celui de la mère qui parfois n’en peut plus, qui étouffe et cherche à s’échapper pour retrouver un peu de liberté. Comme la chèvre de M. Seguin, elle tire sur la corde. Chaque jour un peu plus. S’autorise des fugues vespérales le long des quais. Regarde les fêtes, la jeunesse qu’elle a perdu d’un coup d’un seul, les gens, les couples, les rendez-vous et les tchin-tchin en terrasse. Adieu tchin-tchin. Bonjour le spleen quand le père de l’enfant s’est barré et qu’elle se retrouve seule face à la responsabilité d’une vie. Seule, sans emploi. Seule, avec le jugement débile des voisins. Seule derrière son écran, à se faire insulter sur les forums par des mères parfaites. Seule avec la morale bien-pensante de l’Autre qui oublie toujours de balayer devant sa porte. Seule avec certains membres de la famille. Oui, eux aussi. Seule contre tous. Seule, face aux nanas de la crèche qui la culpabilisent parce qu’elle est en retard alors qu’elle n’a rien d’autre à foutre. Ben si justement : souffler, respirer, se retrouver, s’aimer à nouveau et programmer sa réinsersion. Travailler son retour dans le monde, la société, l’emploi. Retrouver sa place, non pas en tant que mère ni femme ni working-girl, mais en tant que personne.

Carol Five nous entraîne dans le vase clos étouffant de la relation mère-enfant, dans la fusion aussi belle que dangereuse de la famille monoparentale. Et le danger ne provient pas tant de la puissance de cet amour fusionnel que de l’intolérance. Le vrai loup c’est le regard social qui renforce le repli, l’enfermement, l’isolement, le cloisonnement. Se débarrasser de la culpabilisation et compter sur vous-même, c’est la clef. Car d’aide, vous n’en aurez aucune. Vous serez seule contre tous et il ne vous restera plus qu’à tenir jusqu’à l’aube… Mais vous avez tellement d’amour à donner que vous accomplirez des miracles et tout ira bien, je vous le promets. Vous serez belles dans votre guerre et votre enfant aussi sera beau.

Elle a fait un bébé toute seule

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