« Arkane » de Pierre Bordage (Bragelonne, 2018)

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Le maître de la science-fiction française a quitté les voyages interplanétaires pour s’envoler sur la planète de l’heroic fantasy et des éditions Bragelonne. Et c’est plutôt réussi.

Bordage nous plonge dans l’univers d’Akane, une cité labyrinthique divisée en six niveaux. Dans les Hauts vivent les sept familles gouvernantes dont la cohésion garantit le bon fonctionnement d’Arkane. Plus on descend dans la cité, plus on est pauvre. On a le niveau des Dits (comédiens, artistes, joaillers…), puis les Marches (commerçants), les Labeurs (artisans), les Bas (portefaix…) et enfin l’horreur des Fonds (bagnards déshumanisés). Bref, une société oligarchique très hiérarchisée et profondément inégalitaire, inspirée du système des castes. Mais la corruption et le complot politique menacent la survie de la cité. Seule survivante du massacre de sa famille, la très belle Oziel du Drac doit s’enfuir vers les niveaux inférieurs et retrouver son frère jadis condamné à vivre dans les Fonds. Commence alors une descente aux enfers et une mise à l’épreuve féroce pour ce personnage féminin, initialement privilégié. Pour qu’elle puisse échapper à ses poursuivants, l’ordre de la Résurrection lui inocule un poison qui va la défigurer. Seule, privée de sa beauté, elle va devoir trouver les ressources pour s’en sortir, apprendre à s’entourer, comprendre qu’il y a quelque chose de plus grand qu’elle-même, puiser dans son héritage magique : le pouvoir du Drac… Au cours de son périple aux fins fonds du labyrinthe du Laz et dans le bas peuple, elle apercevra une lueur d’espoir dans la vision d’un jeune homme qui semble lui aussi avoir une lutte à mener. Ce jeune homme, c’est Renn, un simple agriculteur des rives du fleuve de l’Odivir. Pas doué pour le travail manuel, sa famille l’a envoyé en apprentissage auprès d’un enchanteur de pierre… Personne ne croit en lui, si ce n’est sa grand-mère. Lui aussi devra faire ses preuves. Il croisera sur sa route Orik, un guerrier très puissant qui dégomme l’ennemi à tout va. Personnage intéressant, un peu « dark » (mais sans commune mesure bien sûr avec la fille de l’Orbal et Noy qui sont bien habités), qui doit sa force à une malédiction le condamnant à vivre avec les fantômes de ses victimes. Les deux amis vont alors se lancer dans une odyssée parsemée de dangers afin de rejoindre Arkane pour prévenir de l’invasion d’une mystérieuse armée venue du Nord… Mais qui se cache derrière cette armée ? Qui est à l’origine du complot qui a brisé l’union sacrée des sept familles en charge de la Cité ? A qui profiterait la déchéance d’Arkane ? Oziel et Renn parviendront-il à sauver et libérer Arkane de l’esclavage ? Vous le saurez en lisant ce beau dyptique ! Et oui parce qu’il y a déjà une fin, chose plutôt rare en fantasy, et ça fait du bien !

Bordage signe une belle aventure avec beaucoup de suspense (on a du mal à quitter le bouquin : l’heure tourne et on se rend compte qu’on n’a pas fait la soupe de potimarron), une architecture mythologique qui tient la route, un univers consistant peuplé de personnages colorés et de créatures inquiétantes comme les ackas ou les pétrocles. Les habitués du genre risquent toutefois d’éprouver un sentiment de déjà vu. Pour ma part, j’ai apprécié le cheminement des personnages, leur descente douloureuse au plus profond d’eux-mêmes pour s’en sortir. Chaque personnage a sa propre psychologie travaillée et son propre destin. Certains peuvent avoir un caractère complexe et ambigu (Noy, Orik…). Il y a de la politique, des complots, des intrigues familiales et luttes de pouvoir, des trahisons et rebondissements, de la magie qui suit la logique de l’univers posé. Mais il y a surtout cette dimension psychologique : la vie suffocante de la cité labyrinthique, symbole d’une odyssée intérieure au parcours dédaléen où il faut affronter les impasses de l’horreur et du monstrueux pour devenir soi.

Je vous laisse, j’ai une soupe à faire.

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