Une Cosmologie de monstres, Shaun Hamill (Albin Michel, 2019)

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Avec Une Cosmologie de monstres, Shaun Hamill redonne toute sa place au genre horrifique et nous projette dans un monde totalement terrifiant : la réalité. La réalité ornée de ses tentacules gluantes, le Chtulhu de l’existence qui ne demande qu’à se nourrir de vous… Répondrez-vous à son appel ?

Inspiré de l’univers de Lovecraft, Shaun Hamill navigue avec talent sur les océans noirs de l’angoisse et des peurs les plus profondes. Il nous amène sur les terres sombres d’une psyché familiale menacée par un monstre aux yeux oranges. Ce monstre, Margaret l’aperçoit dans sa jeunesse. Des années plus tard, son fils Noah le verra aussi. L’histoire commence dans la fin des années 60 quand Margaret, issue d’une famille précaire qui ne peut lui payer des études, choisit d’épouser Harry au lieu de Pierce. Sa mère, pétrie de valeurs chrétiennes, lui prédit alors un avenir sombre et loin du confort conformiste qu’aurait pu lui apporter le gendre idéal dénommé Pierce. Mais la jeune libraire est tombée amoureuse de ce client étrange, fan de récits lovecraftiens et de comics, qui squatte le rayon science-fiction. Elle choisit Harry, ce jeune homme loufoque et excentrique, sans le sou et fils d’une mère schizophrène paranoïde. Harry et Margaret auront une maison, des emprunts et trois enfants : Sydney, Eunice et Noah, le narrateur du roman. C’est l’histoire d’un couple amoureux piégé dans les tentacules du quotidien, pris dans les mandibules de la réalité, dévoré par le monstre de la vie ordinaire. L’histoire de rêves aspirés, d’ambitions dégluties, de créativité engloutie, de projets absorbés, d’une vie engouffrée dans la gueule béante de l’existence fade et standardisée. Shaun Hamill nous ouvre les portes de l’univers de la réalité poisseuse et visqueuse, de la vie et ses multiples tentacules assaillant la douceur du foyer : emprunts, travail dénué de créativité, épuisement quotidien, temps volé, frustrations, mort du moi, monotonie et spirale de l’éternel retour du même. Mais un monstre encore plus tentaculaire menace la famille Turner : la maladie, le deuil, la perte, la dépression, la douleur d’une vie tuméfiée. Nous ne ressentons pas la peur ou l’épouvante comme dans un roman de Stephen King où l’on est tenu par le mystère et l’incompréhension. Ici, ce que l’on éprouve, c’est l’angoisse de perdre ce qu’on aime et ceux que l’on aime. Et on comprend très vite que l’on est prêt à sacrifier ce que l’on aime pour sauvegarder ceux qu’on aime. On aime les membres de la famille Turner comme on aime nos proches et à peu près autant qu’on a peur de les perdre. On veut retrouver la grâce dansante de Sydney, la surdouance créative d’Eunice, la folie créatrice d’Harry. On veut bouquiner dans la librairie « Chair de poule » de Margaret (et retourner dans les années 90 pour se faire peur sur France 2 parce que c’est rassurant;) (oui l’auteure de cette chronique a forcément plus de 30 ans) ) et on veut plonger dans l’imagination débordante de Noah. Pour surmonter l’horreur, Harry et sa famille vont se lancer dans un projet d’attraction de maison hantée, avec décors et scénarios perfectionnistes à l’appui. Vaincre le mal par le mal. Catharsis. Combattre l’angoisse en la créant et multipliant son expérience. Face à la grisaille du quotidien et la douleur de la séparation, peut-être faut-il regarder en face le monstre aux yeux oranges, prendre la main qu’il nous tend et voler avec lui dans la beauté de la nuit et du cosmos infini qui n’a cure de nous. Répondrez-vous à l’appel ?

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Dans ce premier roman qui mêle le fantastique à l’horrifique, Shaun Hamill nous plonge dans une chronique familiale monstrueusement émouvante. On attend avec impatience (mais aussi un peu d’angoisse…) l’adaptation en série TV.

 

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