Wika, Thomas Day et Olivier Ledroit (Glénat, 2019)

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Résumé :

Il était une fois au royaume de Pan, un prince elfe nommé Obéron qui, fou de jalousie et d’amour, envoya toute une armée pour détruire la fée de sa vie et son nouvel amant. Leur fille Wika fut sauvée par un satyre qui lui sectionna les ailes afin de dissimuler son identité et la confia à un couple de fermiers. Treize ans plus tard, la petite fée mutilée et encore ignorante de ses pouvoirs, se rend à Avalon, capitale du tyran Obéron.

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En ouvrant le premier tome de cette trilogie, la cartographie du monde de Pan se déploie sous nos yeux. Nous sommes entrés en terre de fantasy. Le récit plutôt classique, et parfois prévisible (comme pourrait l’être une tragédie antique), épouse les codes habituels du genre. L’originalité de cette œuvre du 9è art tient surtout à la magnificence d’un univers aux milles visages. Cet univers mêle à la fois les contes de Grimm revisités aux décors Steampunk, l’inspiration shakespearienne du Songe d’une nuit d’été aux références bibliques, la philosophie panthéiste à la magie enchanteresse des légendes celtiques. Mais attention, le conte de fées contient sa part de cruauté. Au royaume de Pan, le rouge de la rose fait écho au rouge du sang qui coule. La mort et l’amour s’entremêlent, la lisière entre la noirceur et la blancheur est floue. Et cette puissance oxymorique auréole toute l’œuvre. La dame blanche est une mécanique froide au coeur d’épine, les fées noires y sont bienveillantes et la protectrice du monde est une vieille mamie au visage de corbeau. Pour illustrer ce récit funeste et féerique ainsi que les nuances psychologiques des personnages, Olivier Ledroit déploie les ailes magiques de son dessin comme se déploient les ailes et la beauté de Wika. Jamais les fées n’auront été aussi sublimées, aussi érotisées, aussi belles dans leurs passions, aussi divines dans leurs luttes. Olivier Ledroit dessine l’univers foisonnant des émotions, trace le trait chaotique des affres de l’âme, esquisse la douleur et le plaisir, nous donne à voir les couleurs de l’amour et de la haine. Les planches d’Olivier Ledroit débordent d’affects, submergent d’émois, déversent les souffrances et les joies, grouillent de sagesse et de fureur. C’est un bouillonnement de couleurs, un déferlement de formes, un jaillissement de sensations. Le dessin agresse, le graphisme blesse, l’image nous laisse émus et sciés par tant de beauté. Les cadrages déroutent, les découpages percutent et défient les lois de l’espace comme dans un rêve. Ce déploiement onirique mérite toute notre contemplation tant le travail de l’artiste est minutieux, tant la beauté de son détail nous émeut.

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Ouvrir les ailes de cette BD, c’est voler vers d’autres horizons magiques aux paysages féériques et aux couleurs enivrantes. On suit avec plaisir les aventures de la fée mutilée, dont les tatouages changent de formes au grès de ses émotions (des roses rouges de l’amour aux têtes de mort de l’angoisse). On accompagne le parcours épique de cette jeune fée steampunk,  déterminée et pleine de sagesse, qui devra affronter la fureur despotique d’Obéron et les passions destructrices de ses sept enfants lycanthropes. Bref, c’est le combat d’une fée déchue qui va devoir apprendre à déployer les ailes de la vengeance, de la justice, et de l’amour.

Cette trilogie a su toucher mon coeur d’épine et y prendre la première place dans mon top 10.

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« Le bonheur est à la rose qui se distille, et non à celle qui, se flétrissant sur son épine vierge, croît, vit et meurt dans une solitaire béatitude ». W. Shakespeare

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