La Princesse des glaces, Camilla Läckberg (Actes Noirs, 2008)

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Découvrir le monde du polar était une de mes bonnes résolutions 2020 (a vrai dire, j’ai oublié toutes les autres). Cette chronique ne s’adresse donc ni aux lecteurs de polars avisés ni à ceux qui ont déjà lu Camilla Läckberg, auteure nordique désormais connue et reconnue.

La Princesse des Glaces a inauguré, en 2003 en Suède (2008 en France), la série à 10 tomes des Enquêtes D’Erica Falck et Patrick Hedström. Ce premier volet se déroule à Fjällbacka, petite ville portuaire suédoise aux apparences tranquilles. La sublime Alexandra Wikjner y est retrouvée morte dans sa baignoire gelée. C’est Erica, amie d’enfance d’Alex, qui découvre sa nudité bleue gisant au coeur d’un camaïeu rouge. Le froid polaire de la maison a conservé la beauté de son amie, laissant cette image fascinante et glaçante à jamais imprimée sur sa rétine, et sur la nôtre. Derrière les apparences de suicide se cachent les secrets d’une princesse sans avenir, sans enfants, sans bonheur. Patrick Hedström, policier local amoureux d’Erica depuis l’adolescence, travaillera sur l’enquête. De quoi donner du grain à moudre à Erica, écrivaine en quête d’inspiration et de matière psychologique.

Camilla Läckberg nous plonge sous la glace d’une intrigue ficelée de psychologies complexes et profondes. Ce qui fait une enquête, ce sont les personnages. La Princesse des glaces est une enquête dans laquelle les protagonistes vont devoir briser la glace des apparences, dégivrer moult non-dits, déneiger la route des silences. La surface va se craqueler, les mensonges vont se fissurer. La façade blanche et pailletée des psychologies va se crevasser. Le givre scintillant des caractères va s’effriter et révéler les émotions et vérités les plus noires. A Fjällbacka, le silence est de glace. Derrière les apparences froides et trompeuses d’une petite ville tranquille où tout se sait, il a fallu faire taire le pire. Il a fallu enfouir le mal, pétrifier le diable, figer les pires instincts de l’âme humaine sous un lac d’eau gelée. Mais la glace a commencé à se fissurer et la vérité nue, bleue et rouge, est sur le point d’éclater dans toute sa splendeur sordide.

Un froid polar saisissant qui se dévore d’une traite, tant on veut rassembler toutes les pièces du puzzle. A lire en hiver, bien au chaud, sous son plaid.

Extraits choisis :

«  Au début, pensant qu’Alex s’était suicidée, elle avait eu en tête d’écrire un livre qui répondrait à la question « pourquoi ? » et qui pencherait du côté documentaire. Maintenant, le matériel prenait de plus en plus la forme d’un polar, genre qui ne l’avait jamais particulièrement attiré. C’étaient les gens, les relations entre eux et leurs fonds psychologiques qui l’intéressaient, et à son goût, la plupart des polars laissaient cela de côté pour privilégier les meurtres sanglants et les frissons dans le dos. Elle détestait tout ce qui était clichés et sentait qu’elle voulait écrire quelque chose d’authentique. Quelque chose qui essaierait de décrire pourquoi une personne pouvait commettre le pire des péchés – retirer la vie d’une autre personne ».

« Elle avait l’impression d’évoluer dans de l’eau. Tous ces mouvements étaient lourds et compliqués et tous les bruits lui parvenaient comme à travers un filtre. Au début, il n’en avait pas été ainsi. Une rage justifiée l’avait emplie, une haine si forte qu’elle en avait peur. Elle haïssait toujours, mais avec résignation au lieu d’énergie. Elle sentait physiquement que la haine se retournait vers elle-même et creusait de grands trous dans sa poitrine. Les vieilles habitudes étaient difficiles à briser. Se haïr soi-même était un art qu’elle avait appris à pratiquer à la perfection ».

« Maintenant, une tranquillité paisible planait sur le petit bourg et elle pouvait presque imaginer qu’il dormait. En même temps, elle savait que c’était une tranquillité trompeuse. Ici comme partout ailleurs, les facettes malveillantes des hommes étaient à l’affût sous la surface. Elle en avait vu pas mal à Stockholm, mais Erica se disait qu’ici cela devenait peut-être plus dangereux. La haine, la jalousie, l’avidité et la vengeance, tout était enfoui sous un seul grand couvercle produit par le « quand dira-ton ? ». Toute la vilenie, la petitesse et la méchanceté fermentaient en toute quiétude sous une façade qui se devait d’être toujours impeccable. Là, sur les rochers de Badholmen, en train de regarder le petit bourg couvert de neige, Erica se demanda quels secrets y couvaient ».  

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