Nils, Jérôme Hamon et Antoine Carrion (éditions du Soleil, collection Métamorphose, 2015-2018)

L’excellente collection Métamorphose des éditions « Soleil » offre une bande dessinée fantastique à la croisée des mondes de la mythologie scandinave et de Miyazaki. Nils nous entraîne dans une quête écologique aux teintes céruléennes et célestes.

Dans le village de Nils, plus rien de pousse. La vie s’éteint peu à peu. Accompagné de son père, Nils se lance alors à la recherche de terres fertiles. On suit ce tandem père-fils dans une nature qui se meurt. On voyage au cœur de paysages désolés, d’arbres effeuillés, disparaissant peu à peu dans une brume éthérée à la fois inquiétante et fascinante. Un brouillard de fin du monde a enfoui peu à peu les vestiges du passé, les ruines antiques et les majestueuses cités millénaires. A l’approche d’une forêt sombre, les deux protagonistes vont faire la rencontre d’une peuplade primitive en lutte contre le royaume de Cyan dont la technologie est très avancée. Au cœur de cette forêt vivent aussi les yokaï. Ces petits esprits de la nature, à la source de toute vie, semblent être en voix de d’extinction…

La force de cette trilogie réside dans le dessin à la fois poétique et féérique. Antoine Carrion nous plonge dans un univers à la luminescence vespérale, à la coloration crépusculaire à l’image d’un monde qui s’éteint. Ses planches aux lueurs d’aurores boréales et aux teintes bleues et sombres nous immergent dans un univers onirique souligné de grâce divine. Malheureusement, le scénario nous perd un peu entre les considérations scientifiques et les découpages de séquences un peu abrupts. Pourtant tout y est : l’arrogance scientifique des hommes défiant les dieux et la nature, le conflit générationnel entre le père rationaliste et le fils plus intuitif et panthéiste (à deux doigts de dire « How dare you !»), l’exploitation irraisonnée de l’énergie au détriment de la nature et de l’humanité, les éléments mythologiques (Yggdrasil l’arbre de vie, les yokaï, les déesses sublimes mais vulnérables…). Je la conseille donc surtout pour le plaisir des yeux et parce que finalement, on a à faire à une narration graphique. La succession des planches aux décors et aux êtres somptueux, l’atmosphère nébuleuse à l’azur sombre, l’ambiance aux couleurs du déclinement et de la perdition : c’est tout cela qui nous mène à la réflexion philosophique, spirituelle et écologique.

Un scénario embrumé mais d’actualité. Un graphisme à la fluorescence céleste. A contempler et à méditer.

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