Les Cicatrices, Claire Favan (Harper Collins, 2020)

Avec Les Cicatrices, Claire Favan nous capture dans la cellule suffocante d’une intrigue claquemurée. Elle est le maître du jeu et vous êtes la proie.

A Centralia, dans l’Etat de Washington, au pays des plus grands tueurs en série, vit un homme ordinaire qui se nomme Owen Blake. Owen est un brave type. Il vit avec son ex-femme psycho-dépendante qui le harcèle et le menace de se suicider s’il ne revient pas avec elle. Enfer psychologique. Mais ce n’est rien à côté de ce qui l’attend. Quand son ADN est retrouvé sur une scène de crime rappelant le mode opératoire d’un célèbre tueur en série – Twice – Owen se demande pourquoi le sort s’acharne sur son insignifiante petite personne.

Le style de Claire Favan est si addictif qu’il est quasiment impossible de lâcher ce livre. D’abord, l’autrice nous séduit par son écriture ultra-fluide qui se boit comme du petit lait. Puis, le temps d’un clignement de cil, elle nous kidnappe et on se retrouve derrière les barreaux de son intrigue. Captifs, séquestrés, emprisonnés, enchaînés au mur d’une cellule narrative perverse. Comme les captives de Twice. La spécialité de Twice ? Détenir deux captives en même temps. Son fantasme ? Les femmes fortes qui lui résistent. Si elles chouinent, il les tuent illico et direction le sac poubelle. Vous ne valiez pas la peine… Ce qu’il aime : manipuler, dominer, régner en terrorisant l’esprit de ses victimes. Lorsqu’il descend les escaliers menant aux cellules, il aime sentir le soulagement coupable de celle qu’il n’ira pas voir et la terreur de l’élue du jour. Twice demande son chemin, assomme, kidnappe, séquestre, torture, viole et tue quand cela devient nécessaire. Sinon, vous pouvez très bien vieillir à ses côtés <3.

A la lecture de ce livre, on manque d’air, on s’essouffle, on suffoque. On se tape la tête contre les murs, on tire sa chaîne jusqu’au sang, on se tord le cerveau pour sortir de cette cage scénaristique. C’est inutile. Au premier retournement de situation, on se rend compte qu’on s’est fait avoir. Nous ne sommes qu’un jouet entre les mains d’une autrice manipulatrice et tortionnaire. Claire Favan joue sur nos nerfs, s’amuse avec nos émotions, se délecte de toute cette énergie que l’on déploie pour s’en sortir. Elle distille le déni, l’espoir et le désespoir et enfonce la seringue sous la chair du petit rat de labo que nous sommes. La stupéfaction, l’ébahissement et l’abattement nous gagnent lorsque nous sommes mis face à nos certitudes psychologiques et que les masques tombent. Car ce sont aussi la dualité des personnages, l’absence de manichéisme, la coexistence de l’ange et du démon, qui nous tuent. La magicienne du thriller nous malmène à la baguette du début à la fin, use et abuse de sortilèges scripturaux déroutants ou impardonnables. Stupefix (endormissement). Enervatum (réanimation). Imperium (manipulation / ordre). Doloris (douleur). Avada Kedavra (mort)!

Pas de doute, Claire Favan est un mage noir de l’écriture policière.

Sortilège de l'Imperium | Wiki Harry Potter | Fandom

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