Le manteau de neige, Nicolas Leclerc (Seuil,2020)

Un polar glaçant qui ne vient pourtant pas du nord mais certifié 100 % made in France.

Depuis toute petite, Katia est haptophobe. Elle ne supporte aucun contact physique. Un jour, sa grand-mère, à l’état végétatif depuis des lustres, se réveille et assassine son époux de sang froid. Alors les crises de Katia s’empirent et se doublent d’hallucinations. Ses parents la croient schizophrène alors qu’elle est persuadée d’être harcelée par des fantômes. Pour se sortir de cette emprise infernale, l’adolescente va devoir affronter l’hiver glacial de son enfance et déterrer les cadavres gelés de son inconscient.

Nicolas Leclerc nous emmène aux fins fonds du Doubs. Il nous ballade et nous sème au coeur de paysages jurassiens aux vastes sapinières enneigées qui craquellent, aux chemins verglacés tortueux et embrumés. Katia va devoir remonter la piste de ses origines et lutter contre des fantômes qui refusent de sombrer dans les crevasses givrées de l’oubli. On s’égare dans les forêts sombres et glaciales d’une conscience perdue. Un brouillard épais et un manteau de neige recouvrent la vérité. Pour percer les secrets du passé, Katia va devoir affronter ses douleurs et les voix qui parlent en elles. Cette adolescente a des airs de Carrie mais, heureusement, une mère en or. Sa bizarrerie en fait aussi une élève harcelée mais qui se réfugie dans l’art pictural. Elle dessine les visions qui s’imposent à elles. Des visions sordides, morbides, sanguinolentes, d’une douleur glaçante. Des images de tortures abominables et de crimes inhumains. Mais d’où lui proviennent-elles ? L’enquête sera douloureuse. Elle sera celle de la vérité mais aussi celle de la métamorphose d’une ado vers sa vraie nature. La plume de Nicolas Leclerc est foisonnante, glaciale, mystérieuse. Les descriptions des paysages de neige, des forêts blanches et rouges de sang, de la vieille maison isolée sont à la fois sublimes et angoissantes. L’auteur signe une sombre histoire de famille mêlée à un récit de hantise et d’emprise, documenté et original. L’enquête est à la fois familiale, psychanalytique, historique et ésotérique.

Bref, encore un polar d’un froid polaire à lire absolument sous son plaid, avec un chat et une tisane, en surveillant ses arrières. Et, comme disait ma grand-mère, qui me hante encore quelque fois : « couvrez-vous bien ».

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