Bonne nuit maman, Seo Mi-Ae (Matin Calme, 2020)

Si vous avez aimé Le Silence des agneaux, vous aimerez Bonne nuit maman, ou pas…

Ce 1er tome d’une trilogie est présenté partout comme un thriller au suspense insoutenable. Pour ma part, j’ai très vite compris qu’une autre histoire allait nous être racontée mais bon… Si ce polar mérite d’être lu, ce sera plutôt pour l’ambiance glaçante qu’il pose, son style addictif, ses prises de positions psychologiques et criminologiques.

L’histoire se déroule en Corée où une jeune criminologue, Seon-Gyeong, est amenée à interroger un tueur en série. La comparaison avec Le Silence des agneaux s’arrête là. Parallèlement aux interrogatoires (qui laisseront de marbre tous les fans de la série Mindhunter qui, comme moi, ont vérifié 3 fois si leur porte d’entrée était bien fermée avant de se coucher), Seon-Gyeong doit accueillir la fille de son mari qui vient de perdre ses grands-parents dans un incendie. Agée de 11 ans, la petite Ha-yeong est sous le choc d’autant plus qu’elle a perdu sa mère 1 an auparavant. Peu à peu, elle adopte un comportement étrange.

Un des points forts de ce roman réside dans la réflexion sur les tueurs en séries. Mi-ae Seo a le mérite de couper court au débat sur l’inné et l’acquis en ayant recours à l’image du puzzle :

« Il y a de multiples facteurs à prendre en compte quant on considère un tueur en série. C’est comme un puzzle, composé de  milliers de pièces : les gènes, le caractère, l’environnement, la famille, l’état psychologique, etc. A la manière d’une loupe qui fait converger la lumière du soleil en un seul point, quelque chose chez cette personne assemble tous ces facteurs pour en faire un tueur en série. Un jour, toutes les pièces sont réunies, il passe alors à l’acte ».

La figure de la mère est bien sûr centrale dans tout le roman, tout comme dans le devenir des tueurs en série. Si le thème est intéressant, son traitement m’a paru un peu cliché et déjà-vu, mais peut-être est-ce parce que j’ai fait une lecture occidentale d’un polar coréen (et je soupçonne que la traduction n’aide pas). Malgré cela, Mi-ae Seo parvient à traduire avec émotion les conséquences de la maltraitance et du manque d’amour jusqu’à déclencher une forme d’empathie pour le criminel. Elle ne manque pas de rappeler qu’ « un enfant est comme une feuille blanche. Il grandit selon les dessins que les adultes peignent dessus ». Bref, on ne naît pas tueur en série, on le devient (suite à une convergences de facteurs).

Autre point fort : la tension est palpable tout le long du récit. L’auteure nous immerge dès le début dans les idées noires de son personnage et dans une ambiance sombre et pesante. Son style fluide et imagé nous plongent dans les méandres d’une âme ombrageuse et orageuse, violentée et violente, habitée par un vide et une haine infinis. Trou noir béant laissé par l’absence d’amour et que rien n’est pas parvenu à combler, pas même le goût sucré d’une pomme d’amour…

Un polar psychologique d’une noirceur glaçante. (Série TV en cours)

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