Les Soeurs Grémillet (T1), Giovanni Di Gregorio & Alessandro Barbucci (Dupuis, 2020)

Une BD jeunesse qui aborde avec tendresse le poids des secrets de famille.

L’histoire s’ouvre sur un rêve : celui de Sarah, l’aînée de la fratrie dont on va suivre les aventures. Les trois sœurs y suivent un banc de méduses les guidant vers un arbre géant abritant une serre. Dans cette serre, une chambre. Sur le lit, une petite méduse phosphorescente en lévitation. Au petit matin, débute alors l’enquête du trio de soeurs pour découvrir ce que cache leur mère.

Alessandro Barbucci (dessin) et Giovanni di Gregorio (scénario) nous plongent dans une aventure familiale aux teintes turquoises et oniriques. Ils dessinent avec douceur le poids des non-dits et l’héritage des blessures de nos parents. Ils esquissent avec délicatesse le passage du monde de l’enfance protégée, idéalisant la vie parentale, au monde des adultes avec sa vérité. Dans l’univers de Sarah (l’aînée autoritaire), Cassiopée (la cadette artiste) et Lucille (la petite dernière qui parle aux chats) va alors se dessiner la jeunesse de leur mère, avec ses bonheurs et ses douleurs. Dans le grenier, elles vont dénicher le passé, les badges de Depeche Mode, les CD de Madonna, une photo qu’elles n’avaient jamais vue… Alessandro Barbucci nous dépeint un petit monde à la fois rassurant et mystérieux. Un monde enchanteur plein de détails, de maisonnettes en colombage, de végétation luxuriante et de botanique fantastique, de petits marchés avec des dames qui donnent des rondelles de saucisson aux chatons errants. Il fait toute la lumière sur les silences et les secrets, une lumière chaleureuse qui infuse toutes les planches de l’oeuvre et diffuse toute la beauté de l’amour maternel, filial et fraternel. Sous son trait, la sororité est sublime, faite de petits conflits et de réconciliations émouvantes. Le coeur maternel se libère et la douleur s’illumine dans un doux rêve prenant la forme d’une petite méduse diaphane aux yeux de biche. Pour savoir qui nous sommes, il faut savoir d’où l’on vient. Même si ça pique un peu le coeur, l’amour n’en sera que plus solide et la quête identitaire plus facile.

Les Soeurs Grémillet c’est : un soupçon de magie, une larme de mélancolie, une part de mystère, un pincée de rêve, une pointe de psychogénéalogie et une bonne dose d’amour familial, le tout mixé dans un scénario enchanteur au coeur d’illustrations sublimes. Le tome 2 suivra les amours de Cassiopée et se déroulera chez les grands-parents, de quoi faire luire pas mal de fantômes du passé… 😉

* A noter qu’Alessandro Barbucci est le créateur de la BD fantasy « Ekhö monde miroir » et le co-créateur de « W.I.T.C.H » et « Sky-Doll » avec Barbara Canepa (mon idole depuis la BD «End»). Et tout ça me fait dire que les italiens sont peut-être bien les maîtres de la BD jeunesse, du fer forgé, du lierre grimpant et des décors immémoriaux 😉

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