Là où chantent les écrevisses, Delia Owens (Seuil, 2020)

La Nature n’a jamais été aussi belle que sous la plume de Delia Owens.

Au carrefour de la science et de la poésie, le premier roman de la zoologue septuagénaire nous embarque dans l’histoire de la « Fille des marais », petite fille abandonnée de tous aux fins fonds des lagunes de Caroline du Nord. Livrée à elle-même ? Non. Livrée à mère nature, nourricière et inspiratrice. A la nature et sa biodiversité merveilleuse et poétique. Lire ce livre c’est : respirer les effluves salés des marais, vivre au rythme des marées, tanguer sur une barque au gré des courants, pécher les moules et noircir ses ongles, flotter sur un estuaire en évitant les lianes tombantes, s’émerveiller du vol des goélands et des oies des neiges, plonger dans un océan de colère en laissant la douleur s’écouler comme l’eau dans le sable, rechercher la plume de héron la plus rare qui soit… C’est vivre une aventure naturaliste et respirer la vie, retourner aux sources et haïr un peu l’humanité destructrice au jugement médiocre. Cette humanité qui fera dire à l’héroïne, lorsqu’elle découvrira nos maisons « tels des cartons à chaussures identiques » aux jardins ornés de faux animaux en plastique : « Qu’avaient fait ces gens à la terre ? » C’est suivre l’histoire de Kya, le « petit rat-d’eau », la « poule des marais », « l’enfant louve », la « racaille des marais » qui va grandir et survivre seule en territoire hostile. Et le territoire hostile, c’est bien celui des hommes. C’est bien celui des petites gens aux grands préjugés, celui de la petite ville ségrégationniste de Barkley Cove d’où Kya sera exclue et où elle ne pourra compter que sur un homme noir à qui les ado jettent des cailloux. Et quand le corps d’un certain Chase sera retrouvé, la petite racaille des marais fera une coupable idéale…

En totale symbiose avec son environnement, Kya devient une allégorie de la nature dans tout ce qu’elle a de plus sauvage et sublime, avec sa beauté primitive et ses propres lois qu’elle a su observer et mimer. Elle est des ces héroïnes qui vous marquent à vie tant sa rage de vivre est forte et sa résilience puissante. Princesse aux pieds-nus des lagunes, poétesse et experte des marais, sa misère est belle et sa lutte magnifique. La « Fille des marais » est aussi lumineuse et éblouissante qu’une luciole effectuant sa danse nuptiale au ras des marais embrumés.

lucioles vers luisants feerie magie marais fireflies magical Image, GIF  animé

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s