Neuf parfaits étrangers, Liane Moriarty (Albin Michel, 2020)

Une comédie grinçante sur la mode du développement personnel et le marché du bonheur.

Neufs parfaits étrangers en quête de sérénité se retrouvent dans le centre de bien-être « Tranquillum House » et ont tous pour objectif de se transformer radicalement. Liane Moriarty propose une palette de personnages aussi agaçants qu’attachants. L’auteure a su mettre l’accent sur les clichés contemporains tout en nuançant sa toile à coups de caractères et parcours différents. On rencontre notamment un couple d’influenceurs ayant gagné au loto : une Jessica refaite, affligeante, collée à son Instagram et obsédée par son image. Et son mari Ben, désespérément amoureux de sa Lamborghini. On y trouve également Frances, auteure de romans sentimentaux en perte de succès. Tony, ancienne célébrité sportive qui ne sait plus quoi faire de lui-même. Lars, l’avocat incapable de s’imaginer père. Carmel, la quinqua larguée pour une minette et persuadée d’être grosse. Puis une famille : Heather et Napoléon avec leur fille Zoé, tous trois rongés par le deuil. Au fil de l’histoire, les stéréotypes se nuancent et les vrais visages apparaissent. Ce groupe d’occidentaux insatisfaits se figure de pouvoir renouer avec le bonheur et découvrir leur « moi » profond à coups de smoothies bio, méditation et yoga, régimes sains, retraite silencieuse, massages et sources chaudes. C’est sans compter sur Masha, directrice du centre au charisme hypnotisant, et ses deux assistants Yao et Dalila. Ancienne cadre dynamique reconvertie dans le bien-être, Masha a une perception un peu radicale des préceptes bouddhistes et des thérapies positives et compte bien faire vivre à ses petits protégés une expérience « transcendantale »…

Ce huis-clos un peu déjanté nous entraîne sur les voix ambivalentes du développement personnel. La satire d’une société occidentale inapte au bonheur alors qu’elle aurait tout pour l’être, se heurte à la réalité des souffrances individuelles. Liane Moriarty dénonce l’air de rien les vanités du consumérisme, la tyrannie de l’image de soi, les valeurs et normes sociales aliénantes (richesse, minceur, succès…) imposées aux individus. Pour autant, elle nous invite à prendre de la distance avec la quête parfois absurde et aveugle du bonheur via les thérapies de développement personnel. Comme si la question du bonheur pouvait se dispenser de celle de notre rapport au monde et que la solution pouvait se trouver dans un kit bien-être au prix d’un bras. Comme si le bonheur pouvait s’acheter. Avec humour et dérision mais non sans bienveillance, Liane Moriarty brosse le portrait d’une société au sommet de la pyramide de Maslow pouvant s’offrir le luxe d’une crise spirituelle et existentielle. Un roman divertissant et surprenant qui invite à méditer…

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