Snjór, Ragnar Jónasson (La Martinière, 2016)

 Aussi loin que le regard portait, le monde était blanc ».

Snjór inaugure la série « Dark Iceland » (ou « Siglufjörður ») et les aventures du jeune inspecteur Ari Thór, fraîchement débarqué à Siglufjörður, la ville la plus au Nord de l’Islande. Ragnar Jónasson nous enferme dans une ambiance glaciale où l’on peine à respirer. Comme le jeune policier immigré de la capitale Reykjavik, on est saisi par un sentiment de claustration et de mal du pays, pris au piège en terre de glace. C’est ce mécanisme d’identification au personnage principal qui rend ce polar à la fois angoissant et fascinant. On est dans la position d’un étranger exhilé au coeur d’une petite ville cernée par des murs de montagnes vertigineuses. Le lecteur est littéralement happé par l’atmosphère polaire et isolante, piégé par une chute de neige sans fin au sein d’une bourgade accessible uniquement par un tunnel sous la montagne. En même temps, on éprouve une fascination pour ce territoire de mystères. On n’a qu’une envie, c’est tourner les pages et découvrir ce qui se cache derrière le voile de brume hivernale. « Il ne se passe jamais rien à Siglufjörður », ne cesse de répéter Tómas, chef de la police locale. Pourtant, le jeune policier va vite se retrouver face à deux événements : la chute mortelle d’un vieil écrivain dans un théâtre et le corps d’une jeune femme retrouvée à moitié nue dans la neige. Snjór signifie « neige ». Et la neige est bien un personnage à part entière de cette histoire où rien n’est censé se passer. Tantôt scintillante de lumière, tantôt assombrie de tâches noires, tantôt sublime tantôt étouffante, tantôt rougissante du sang des anges… Ari Thór parviendra-t-il à gagner la confiance de la communauté aussi soudée que les chaînes montagneuses qui l’entourent ? Parviendra-t-il à percer les secrets de chacun et déterrer la vérité noire derrière la blancheur infinie de ce petit monde ?

Très influencé par Agatha Christie, Ragnar Jónasson signe un huis clos à l’anglaise au pays des fjords. Snjór est un polar d’ambiance où rien ne se passe et où il se passe pourtant beaucoup de choses, un polar de paysages où se reflètent les âmes. L’écriture défile aussi vite qu’une avalanche qui vous prend par surprise. Les portraits psychologiques sont sculptés dans la glace et fondent comme neige au soleil. Loin des polars sanguinolents et des intrigues à suspense surfaites, Snjór nous refroidit et nous fascine. Mais surtout, Snjór nous fait voyager.

« Cette petite ville paisible étouffait sous la neige. L’étreinte familière de l’hiver devenait plus étouffante que jamais. Le blanc n’était plus virginal mais souillé de sang ».

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