Le coeur synthétique, Chloé Delaume (Seuil, 2020)

Le héros de cette histoire, c’est le coeur d’Adélaïde. Adélaïde, c’est une femme de 46 ans qui vient de divorcer. Une femme qui ne veut pas d’enfants mais qui souffre d’ « épousite aiguë ». Une femme féministe mais qui ne peut pas vivre sans homme. Le Coeur synthétique, c’est l’histoire tragique d’une femme qui n’est pas lesbienne et qui vit dans une France où l’on compte 17 797 310 hommes pour 18 436 179 femmes. C’est l’histoire d’Adélaïde qui, empêtrée dans ses contradictions féministes, culpabilise de ne pouvoir rester seule et croit pouvoir chasser le Prince Charmant sans recourir aux sites de rencontres. C’est l’histoire des mésaventures d’Adélaïde à l’ère de #metoo et au royaume du marché de l’amour dans lequel une femme de 46 ans n’est rien d’autre que de la viande avariée. C’est l’histoire de son invisibilité, de sa solitude, de sa déception, de son vide, de sa péremption, de sa fragilité, de la désintégration de son ego, de sa perdition. Adélaïde, c’est un livre de la Rentrée Littéraire à l’écriture sincère mais désuète, au style authentique mais suranné, à la poésie sublime mais dépassée, un livre qui ne sera pas médiatisé et n’aura aucun Prix. Et Adélaïde connaît bien ce milieu puisqu’elle est attachée de presse dans l’édition littéraire. Dans l’hippodrome de la Rentrée Littéraire, Adélaïde est un vieux cheval usé et fatigué sur lequel les actionnaires voraces refuseront de miser. Heureusement, il y a l’amitié, la sororité, et la chatte siamoise « Perdition ». Bref, c’est l’histoire d’un coeur solitaire qui veut continuer à battre, vibrer, aimer, vivre, rêver, s’enflammer, danser au rythme des années 80’, d’un coeur synthétique qui veut continuer à se trémousser au son des synthétiseurs.

« Le coeur Synthétique » est un roman féministe qui aborde avec authenticité et humour la fragilité et la force des femmes. Chloé Delaume détourne la Chick Lit et nous fait suivre une Bridget Jones à la française qui va devoir apprendre à s’aimer. Si sa ponctuation ferait rugir un fan de Proust, elle est si efficace et son style tellement ciselé que les pages se tournent avec un réel plaisir. On regrettera simplement le point de vue masculin qui soit brille par son absence soit est celui d’un goujat. Gros point fort pour moi : la Rentrée Littéraire, comparée à une course hippique, en prend pour son grade. Oui, la littérature n’échappe pas à la quête ridicule et au système capitaliste du buzz. Et enfin, une auteure ose le dénoncer avec subtilité et ironie bien trempée.

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