Le Prince et la couturière, Jen Wang (Akileos, 2019)

Avec sa BD Le Prince et la Couturière, Jen Wang nous offre un conte cousu de fils multicolores et nous invite à sortir des cases.

Dans un XIXè siècle un chouia anachronique, elle y relate la rencontre entre une couturière pauvre amenée à travailler pour un prince qui aime porter des robes. Mais attention : ne pas se méprendre sur le thème de cette histoire qui n’est pas celui de la transidentité. Sa BD est à l’image des robes créées par son personnage Francès : osée, fantaisiste, légère, fraîche, flashy, frivole, originale, scandaleuse, délicieuse, joyeuse, vivante et elle n’entre dans aucune case. Jen Wang habille son message de couleurs criardes, nuance son propos de teintures vives, fait voler ses personnages comme un jupon de french cancan. Ses planches sont dynamiques, enjouées, pleines de vie, libres. Certains portraits sont à peine encrés car en quête d’eux-mêmes, ses sentiments ont la légèreté de l’esquisse, son tracé est aussi vif que l’aspiration à la liberté, le trait de ses silhouettes part en live, ses personnages sortent des cases ou bien ne sont précisément dans aucune case comme pour se libérer des stéréotypes. Jen Wang tisse une histoire d’émancipation de la jeunesse. Ses personnages cherchent à s’extirper des obligations liées au genre, mais aussi des injonctions sociales, familiales, politiques ou artistiques. Elle découpe les clichés, surpique les normes, surjette les carcans, reprise les contraintes, surfile les canons, rapièce les catégories, retaille les cotes. Elle fait sortir les personnages de leurs castes, de leur fonctions, de leurs genres et des rôles qui leur sont assignés dans une société ultra conformiste. Bref, se construire c’est oser les froufrous et la dentelle, lutter contre les coupes guindées et vêtements cintrés, faire exploser les corsets de la société.

Le Prince et la Couturière est une ode à la créativité, aussi bien artistique et artisanale qu’existentielle. C’est une œuvre au graphisme aérien et arc-en-ciel, où miroitent milles nuances de possibles, et qui invite chaque individu à être le créateur de soi-même. Une BD « fauviste », cousue à la main. Une bouffée d’air frais qui bat les codes à plate couture. (Récompensée à Angoulême par le Prix Fauve jeunesse 2019)

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