Miss Charity : l’enfance de l’art (T1), Loïc Clément et Anne Montel (Rue de Sèvres, 2020)

« J’aurais fait un petit garçon très acceptable, mais j’étais une fillette désespérante ».

Adaptée du roman de Marie-Aude Murail, la bande dessinée « Miss Charity » est une petite pépite aux lavis verdoyants qui a illuminé mon coeur et mes yeux et m’a vraiment donné envie de lire le roman.

L’intrigue se déroule dans les années 1880, en Angleterre. Petite fille aux mèches rebelles et aux yeux ronds de curiosité, Miss Charity vit avec une mère austère qui lui enseigne des préceptes bibliques dont elle n’a cure ; et un père qui brille par son absence. Quant à ses sœurs, petits squelettes vivant six pieds sous terre, elles farandolent joyeusement dans les méandres de son esprit farfelu. « Miss Charity », c’est l’histoire d’un monde de l’enfance qui se forme, un monde imaginaire et merveilleux ; d’un monde artistique qui prend sa source dans le deuil et la solitude. ET si au XIXè siècle, une jeune fille se doit de respecter la bienséance et les convenances, notre héroïne à la Jane Austen préfère gambader dans la nature et observer toutes les bestioles qui s’y trouvent pour s’en faire des amis (y compris les plus répugnantes). Réfugiée dans la nursery au 3è étage, sous l’oeil désespéré de la bonne Tabitha, Miss Charity va se constituer un vrai petit zoo ou chaque créature a son histoire. C’est ainsi que Jack le hérisson, Julius le rat ou Darling le crapaud deviennent des personnages à part entière. Et croyez-moi, on s’attache. Au fil des ans, Miss Charity devient experte en zoologie, digne disciple de Darwin ou Buffon, et se passionne aussi pour la mycologie. Alors quand elle découvre l’aquarelle avec sa gouvernante, c’est tout un monde enchanté qui vient se dessiner sur les contours de la science. Miss Charity sera naturaliste et artiste. Mais au XIXè siècle, pour une femme, ce n’est pas gagné…

Le personnage de Miss Charity est inspirée de la vie de la naturaliste, écrivaine, illustratrice jeunesse : Beatrix Potter. Fidèle à ce contexte, Loïc Clément signe un scénario grandiose, souligné d’un humour pince sans rire à l’anglaise, avec une héroïne attachante qui va chercher à se libérer des carcans de la société victorienne du XIXè siècle. Avec ses aquarelles naturalistes et ses cases libres de tout contour, Anne Montel illustre à merveille la puissance de l’imaginaire et la liberté créatrice de cette petite artiste en herbe.

Un petit bijou qui fait rêver. Un chef d’oeuvre qui s’avale comme un champignon magique.

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