L’Anomalie, Hervé Le Tellier (Gallimard, 2020)

Un Goncourt bien complexe qui se veut grand public.

Avec L’Anomalie, Hervé Le Tellier nous propose une histoire à la lisière entre science et métaphysique, un récit aux multiples arcs narratifs qui joue avec les genres et codes littéraires. Mais avant tout, l’auteur le dit lui-même : L’Anomalie n’est pas un roman d’anticipation, c’est une expérience de pensée.

Le récit se déroule en 2021 avec un Trump réélu et un Macron, « petit connard arrogant », toujours bien présent avec son verbiage à base de poudre de perlimpinpin. Dès le départ, on se perd dans une galerie de personnages entre lesquels on ne parvient pas à faire de liens. A ce moment-là, ne faites pas comme moi : ne vous inquiétez pas et laissez-vous aller dans ces portraits hauts en couleurs et riches en psychologie. Ces personnages ont bien un point en commun qui les relie : ils étaient tous dans le même avion Paris-NewYork en juin 2021. Problème, ce même avion s’est déjà posé en mars 2021. Bug dans la matrice ? Anomalie ? Mais anomalie dans quel système ? Un système divin ? Scientifique ? Informatique ? Plusieurs hypothèses sont possibles.

Hervé Le Tellier est parti d’une hypothèse, celle de Nick Bostrom, relative aux simulations informatiques : sommes-nous des programmes informatiques ? Sommes-nous virtuels ? Et dans le contexte qui nous occupe, l’anomalie de la duplication du vol est-elle la preuve par a+b qu’il y a une faille dans un système dont nous serions les programmes ? Autre question, conséquence de la duplication des passagers : que ferions-nous si nous devions nous retrouver face à nous-mêmes ? Aurions-nous honte ? Deviendrions-nous amis ? Ou souhaiterions-nous nous assassiner nous-mêmes ? Expérience de pensée. Jusque là, le récit est intéressant, captivant, intriguant…

Malgré toutes les questions qui nous taraudent et le mystère lié à cette anomalie, cela ne fait pas de ce roman un « page turner ». Tout simplement parce que le cerveau aura besoin de faire des pauses entre les déploiements d’hypothèses mathématiques, les tergiversations métaphysiques, les théories exponentielles ou celles sur les probabilités et les raisonnements de physique quantique. En tous cas, le mien en a eu besoin. Et si les personnages nous sont d’emblée sympathiques, qu’il s’agisse d’un tueur à gage aussi méticuleux qu’un Dexter, d’un geek arborant un tee-shirt « I love Fibonacci » avec un air de John Cusack / Ryan Gosling / Tom Hanks (un personnage tout droit sorti d’une série Netflix : intelligent mais un peu gauche, ce qui le rend sexy), ou encore d’un chanteur de R&B nigérien en vogue ou d’un écrivain suicidaire en mal de Goncourt ; cela n’a pas suffit à m’accrocher tant je me suis perdue dans la complexité scientifique. Et placer du Christopher Nolan entre Descartes et Nietzsche n’a pas suffit pas à me faire passer L’Anomalie pour un roman grand public.

Le Goncourt 2020 a le mérite de réussir une prouesse littéraire mêlant les genres et les angles de réflexion : policier, roman d’espionnage, roman psychologique, science-fiction, roman sociétal ; questionnements philosophiques mais aussi politiques et religieux. En cette année ô combien anormale, Hervé Le Tellier nous donne matière à penser. L’Anomalie est un très bon roman : brillant, documenté, profond, au style enlevé digne d’un oulipien. Par un jeu de miroirs et une narration virtuose, Hervé Le Tellier nous amène à réfléchir [sur] le monde moderne. Il nous met face à nous-mêmes et pousse la société à se dupliquer et se regarder dans un miroir. Pour autant, avec ce Prix, l’Académie Goncourt n’a pas récompensé un livre grand public. En d’autres termes : c’était bien mais j’ai galéré et de nombreuses fois, j’ai eu envie de dire :

Cest Pas GIF - Cest Pas Faux - Discover & Share GIFs | Kaamelott, Perceval  kaamelott, Juste pour rire

Il en parlent aussi :

Pamolico, critiques romans, cinéma, séries, Lire en buvant un café, Bookemissaire, Soizicet ses lectures, Melle Cup of Tea, Les lectures d’Antigone, Sin city, Les voyages de K, Le blog de Krol, Les Carpenter racontent, Vagabondage autour de soi, Mes belles lectures, Je me livre, Lire peu ou Proust, Rue des lettres, Le temps libre de Nath, Culture vsnews, Joëlle books, Sonia boulimique des livres, La parenthèse de Céline, TmbMLe chien critiqueLe Maki, The Cannibal lecteur, Lili au fil des pages, L’épaule d’Orion, Un château dans le 93

2 réflexions sur “L’Anomalie, Hervé Le Tellier (Gallimard, 2020)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s