Sacrées Sorcières, Pénélope Bagieu (Gallimard Jeunesse, 2020)

« Les enfants sont répugnants!
Ils puent! Ils emp
estent! »

L’illustratrice remet à sa sauce « Sacrées Sorcières », le grand classique littérature jeunesse de Roald Dahl, et c’est tout simplement envoûtant !

L’histoire relate la lutte d’un orphelin contre la Grandissime Sorcière et ses copines qui détestent les enfants et sont bien décidées à les faire disparaître de la surface de la terre. Le héros vit avec sa grand-mère. Petit garçon très courageux, il est prêt à faire face à cette horde de femmes maléfiques mais aussi à la mort de ses parents. Car dans cette histoire, il est aussi question de deuil, de vieillesse, de résilience, de peur de l’abandon. Le personnage de la mamie, loufoque, trop maquillée et cigare au bec, est très touchant. Elle a beau être à la ramasse, elle compte bien tout faire pour protéger son petit-fils sans pour autant édulcorer la réalité. Bref, de la littérature jeunesse qui respecte les enfants, puisant sa source chez Roald Dahl, celle qui fait rêver sans pour autant mentir sur l’état du monde, celle qui n’a pas peur de faire peur.

Quant aux sorcières, elles sont très ordinaires et se fondent dans la masse des femmes en masquant leurs bizarreries physiques. Armées de leurs talons pointus et dotées de narines spéciales pouvant sentir les enfants à des km à la ronde, elles sont terrifiantes. Fidèle à ses convictions féministes, Pénélope Bagieu a glissé un petit historique (sous le « regard précieux » de Mona Chollet) sur la persécution et la représentation misogyne des femmes sorcières. Transposant le récit à notre époque, elle a aussi inséré un personnage de petite fille, déterminée et courageuse, qui n’apparaissait pas dans le roman original.

Visuellement, la BD est un régal. Le trait de Pénélope Bagieu est coloré et fait swinguer l’univers de Roald Dahl. Son tracé flashy et expressif souligne avec vivacité les émotions des personnages et leur personnalité. La Grandissime Sorcière est délicieusement cruelle et tout à fait effrayante. La petite souris aux yeux bleus, trop mignone, a le regard brillant de ruse. La mamie est toute petite et fragile mais sa présence est rassurante et son amour infini. Tout au long de la BD, l’illustratrice nous émeut en dessinant cette relation, pleine d’affection et d’inquiétude, avec son petit-fils : celle de deux êtres meurtris par un drame, qui ont peur de se perdre l’un autre, mais qui comptent bien continuer de vivre et lutter contre la cruauté du monde.

En un coup de crayon, Pénélope Bagieu a l’art de nous faire passer du rire aux larmes et de la tendresse à la terreur ! Tremblez, les sorcières sont de retour !

Hâte de voir cette nouvelle version en film !

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