Elinor Jones, Algésiras & Aurore (éditions du Soleil, 2012)

Résumé : La maison de couture Tiffany crée des robes pour les ladies les plus fortunées d’Angleterre. Elinor n’en revient pas d’avoir été embauchée : désormais, elle sera sous les ordres de Bianca, la célèbre adolescente surdouée ! Mais Elinor doit s’adapter rapidement. Ici, on fabrique du sur-mesure pour mesdames les baronnes et duchesses ! Et Mrs Tiffany mise toute sa réputation sur d’incroyables bals, pour lesquels les costumes des invités sont réalisés sur-mesure. Un huis-clos victorien, où les secrets de chacun se dissimulent parmi soies et taffetas…

Voici une BD qui a beaucoup souffert de son étiquette « Romance ». Or, si un parfum d’eau de rose embaume le scénario et les dessins fortement influencés par la veine shojo des mangas, l’aspect romantique n’est pas au premier plan de cette trilogie. D’ailleurs, pas de prince charmant à l’horizon. La BD n’est pas ce qu’elle paraît et comporte même plutôt une dimension dramatique. On suit les premiers pas d’Elinor au sein de la famille Tiffany et dans l’atelier de couture. Son adaptation est difficile d’autant plus qu’elle se retrouve piégée par Miss Bianca, la fille surdouée de la famille Tiffany, qui cherche à imposer son autorité en réservant des coups bien tordus. Tout au long de l’histoire, c’est le mystère qui nous tient en haleine : celui autour du personnage d’Elinor mais aussi du secret de famille de la maison Tiffany. Beaucoup ont été déçus par l’évolution du personnage d’Elinor Jones qui demeure sans personnalité et peu charismatique. Et bien oui, c’est cela. Le destin qu’on nous donne à voir est celui d’un personnage discret et effacé. Personnellement, cela ne m’a pas du tout dérangée dans la mesure où j’en ai un petit peu marre que l’on me vende du rêve avec des personnages dotés d’une intelligence exceptionnelle et de forts caractères qui vont bouleverser le cours du monde alors qu’au départ ils étaient dans une merde monumentale. Ici, on suit un personnage en retrait, au passé difficile. D’une nature trop dévouée, voire sacrificielle, elle est capable de travailler jusqu’à épuisement. Une attitude qui s’explique très bien par son vécu qui nous sera révélé au T3. Elinor Jones, c’est un personnage réaliste, ordinaire mais magnifique et d’autant plus magnifique qu’on a plus de chance de la croiser dans la vraie vie. Elle fait partie de ces personnes trop timides, écrasées par une société cruelle qui met en lumière les bons communicants et jette les vrais talents dans l’ombre. Trop gentille, Elinor Jones donne tout de soi et se consume comme une étoile qui brillerait trop fort. Elinor Jones, c’est une rose trop fragile et éphémère, mais qui aura contribué à la beauté du monde.

Un mot sur les illustrations d’Aurore : soignées, détaillées, éclatantes et jubilatoires pour qui aime l’esthétique victorienne, le lierre, les jardins de roses, le fer forgé et l’élégance des robes d’antan. Aurore a su donner toute sa couleur à l’univers de la mode XIXè et de la couture artisanale. Les couleurs dansent, les teintes voltigent, les pastels font la révérence, les tonalités s’enlacent et les tissus d’Inde ou de Chine s’embrassent dans la splendeur d’un bal éblouissant.

Elinor Jones, c’est inattendu, c’est exquis, c’est un régal pour les pupilles. C’est aussi un scénario profond masqué derrière les froufrous et les paillettes. Celles ou ceux qui ouvrent l’oeil sauront le percevoir.

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