Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt (Grasset, 2020)

Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent.

Antoine de Saint-Exupéry

Grégoire Delacourt offre une peinture aux mille couleurs de la France d’en-bas. Son tableau est lumineux. Sa toile est polychrome. Sa palette marie les couleurs de la colère, de la violence, de l’intolérance, mais aussi de l’espoir, de l’amour, de la révolte. Ce roman est aussi un nuancier d’humanité, une ode à la différence comme source d’espoir. Mais surtout, « Un jour viendra couleur d’orange » est un texte parsemé de touches de poésie, notamment celle d’Aragon dont le titre est emprunté à son poème « Un jour, un jour ».

L’auteur retrace le parcours de personnages brisés par les difficultés du quotidien, celle d’une France précaire qui a du mal à voir du orange dans l’avenir. Pourtant, Geoffroy et Djamila vont l’entrevoir, eux. Geoffroy, 13 ans, est autiste Asperger : il voit tout en chiffres et en couleurs. Il déteste le jaune adopté par son père, Pierre. Pierre vient d’être licencié et il est en train de se faire bouffer par sa colère, si bien qu’il en devient incapable d’aimer son propre fils et sa différence. Pierre est un gilet jaune et il n’en peut plus des types qui roulent dans une voiture coûtant 9 vies de SMIC. En revanche, Geoffroy aime le bleu apaisant de sa mère, Louise, infirmière en soins palliatifs. Geoffroy peut entrevoir le orange mais pour cela, il a besoin de glisser un peu de poésie dans son monde mathématique. La poésie, il va la trouver dans le vert véronèse des yeux de Djamila. Djamila est française. Elle aime porter des mini-jupes et du vernis à ongles et elle aime écouter Beyoncé. Et surtout, elle aime Geoffroy. Djamila, c’est la poésie. Geoffroy, c’est la candeur et l’innocence de l’enfance. Celle qu’il faudrait conserver pour voir venir l’aube orange. Geoffroy et Djamila, c’est une histoire d’amour. Geoffroy & Djamila, c’est D&G, Dolce & Gabanna. Le problème, c’est que les frères de Djamila aiment voiler le corps et les couleurs. Quant aux abrutis du collège, ils ne peuvent s’empêcher de haïr la différence. Et dans toute cette noirceur bêtifiante, cette tendance idiote à l’uniformisation, cette monochromie ambiante, l’amour pourra-t-il se faire une place et déployer toutes ses couleurs ? Dans un monde qui tire dangereusement vers l’unicolore, le orange pourra-t-il venir ? Pierre parviendra-t-il a émerger de sa colère pour réapprendre à aimer et donner ? Le monde sera-t-il un jour rempli de personnes comme Louise, des personnes qui aident et qui aiment sans rien attendre en retour  ? Il faudrait l’espérer.

Grégoire Delacourt dépeint avec force la colère sociale, ce grondement légitime engendré par l’injustice et le mépris des élites déconnectées. Le monde qu’il dessine est terne et seules les couleurs de la différence et de l’amour pourront en venir à bout. Son roman est un drame social empreint de luminosité et d’espoir. D’ailleurs, il y a un peu trop d’espoir et d’amour à mon goût. Peut-être suis-je devenue trop cynique pour croire en la venue de cette aube orange… C’est un roman scintillant de couleurs et de poésie, auréolé d’amour, écrit dans un style impeccable et extrêmement agréable et facile à lire, comme un récit flirtant avec la Feel Good… En effet, poussé par ce trop plein d’espoir et d’amour, l’auteur est parfois amené à sombrer dans les clichés voire dans la caricature, qu’il s’agisse des personnages ou des évènements qui les touchent.

Bref, les optimistes apprécieront, les pessimistes auront plus de mal.

Halo, Beyoncé

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3 réflexions sur “Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt (Grasset, 2020)

  1. A la lecture de ta chronique je me demandais comment moi aussi je recevrais ce roman, que j’ai bcp aimé, aujourd’hui, une pandémie plus tard … Alors, oui, peut-être comme toi je trouverais ce conte un peu trop optimiste … Merci pour le lien 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour le lien ! Nous sommes d’accord sur l’optimisme mais disons que j’ai choisi de le voir comme un conte, ce qui rend l’enjolivement un peu plus légitime (malgré une fin tirée par les cheveux vu l’âge des enfants).

    Aimé par 1 personne

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