My Absolute Darling, Gabriel Tallent (Gallmeister, 2017)

« My Absolute Darling » est une histoire d’amour dans tout ce que l’amour a de plus malsain.

C’est un amour pervers, possessif, maltraitant, incestueux que le père de Julia, dite « Croquette » ou « Turtle », lui voue. S’enfoncer dans le récit de cette relation tordue et tortueuse, c’est comme s’enliser dans les marécages nauséabonds de la Californie où se situe l’action. C’est comme être pris au piège d’une forêt sombre et infinie dont les immenses séquoias forment autant de barreaux de prison. Comme dans un conte cruel, Turtle est paralysée dans la toile de cette relation toxique, enfermée dans sa propre coquille forgée par un père manipulateur. Très intelligent, survivaliste, philosophe à ses heures perdues et grand lecteur de Hume et Kant, il l’a éduquée dans l’idée que le monde était stupide, cruel et au bord de la 6è extinction. Autant de raisons de se retirer en campagne, de se mettre en marge d’un monde forgé par des idiots capitalistes pétris de normes sociales hypocrites et ne pouvant comprendre la nature de leur relation… Et pour cause, on a du mal. On a du mal à comprendre le comportement de l’adolescente et l’amour inconditionnel qu’elle continue de vouer à ce père maltraitant et abusif. Mais sa mère étant morte, elle n’a connu que lui. Elle n’a connu que ça, ignorant tout du reste du monde. Puis un beau jour ou peut-être une nuit, Turtle finira par faire une heureuse rencontre au détour d’un chemin de forêt, au coeur de cette nature salvatrice qui est une vraie mère pour elle et dans laquelle elle se réfugie par instinct. Parviendra-t-elle à sortir de sa carapace pour aller à la rencontre des autres et du monde ?

Le style est celui des éditions Gallmeister : magnifique, précis, truffé de descriptions paysagères époustouflantes qui donnent juste envie de traverser l’Atlantique. Il est aussi difficile de par le thème qu’il porte et par ses détours et longueurs. Le rythme du récit alterne des moments absolument insupportables et des instants plus légers. C’est comme voguer sur un océan tantôt calme, tantôt déchaîné. On s’y noie, on reprend espoir, on s’étouffe, puis on veut vivre… alors on lutte.

Un roman dur comme une carapace de tortue, noir et puissant comme un aigle de malheur, et surtout très dérangeant. Un personnage magnifique dans son combat pour la liberté.

Plaid + chat + tisane fortement recommandés.

L’Aigle Noir

2 réflexions sur “My Absolute Darling, Gabriel Tallent (Gallmeister, 2017)

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