Les orphelins de métal, Padraig Kenny (Lumen, 2019)

Résumé :

Christopher a beau être orphelin, il fait l’envie de tous ses amis… des amis bien particuliers, puisque ce sont des robots ! C’est que, contrairement à eux, il est ce qu’on appelle un Authentique : un être humain doté d’une âme, une vraie. Apprenti auprès d’un inventeur malhonnête, Absalom, le garçon observe avec consternation les manigances de son mentor, et passe ses soirées à enchanter ses camarades de métal avec les rares souvenirs qui lui restent d’avant – avant l’incendie qui lui a enlevé ses parents. Malheureusement, l’escroc se double d’un menteur… Absalom dissimule depuis des années un étonnant secret !

Une aventure uchronique dans une Angleterre de l’entre-deux-guerre. Un roman jeunesse mêlant les rouages de la science-fiction aux engrenages de l’univers Steampunk.

Réinventant avec une certaine originalité le mythe du robot, l’auteur façonne un récit à mi-chemin entre Pinocchio et le magicien d’Oz. Se pose la question de l’origine de ces « orphelins de métal » en quête de leurs créateurs et du pourquoi de leur création. C’est finalement dans la solidarité de groupe que le concept de famille fera sens pour eux.

Adressée à des ados de 10/12 ans, cette histoire est avant tout une aventure divertissante dont la mécanique repose sur une réflexion philosophique et éthique. Le lecteur est invité à s’attacher aux enfants-robots qui ont des émotions, de l’humour, le souci des autres. Mais surtout, ils sont incapables de faire le mal, contrairement aux humains. J’ai toutefois regretté que tous les personnages de la joyeuse troupe n’aient pas été développés, certains étant carrément laissés de côté comme Manda. Heureusement, Estelle, fabricante de peaux en quête de reconnaissance, à la fois timide et dotée d’un sale caractère, rattrape le coup avec sa trousse à outils et sa détermination. Les personnages adultes sont très travaillés, émouvants dans le rôle des inventeurs, l’un flirtant avec la nécromancie et l’autre en savant-fou obsessionnel. Là encore, se posent les questions de la mort et du deuil mais aussi de la famille, de l’héritage et du désir de reconnaissance. On a donc à faire à un récit plutôt bien échafaudé qui respecte l’adolescence et ses questionnements de fond.

L’univers mécanique, ce monde où Authentiques et Robots vivent ensemble, est très réussi et visuel à tel point qu’on l’imagine volontiers porté à l’écran. La cité de Havrefer est une pure merveille. On gardera en mémoire l’image d’un soleil apaisant, scintillant sur cette ville de rouille et de cuivre, peuplée de robots et interdite aux « êtres de chair ».

Et oui : une couv très réussie même si je m’étais représentée les enfants et robots moins « infantiles » et plus ado, surtout Estelle (d’ailleurs p26 : « Elle fait très adulte »… )

Bref, un roman jeunesse bien lustré des éditions Lumen : une aventure bien huilée, des thèmes de science-fiction bien rafistolés, des personnages déboulonnés mais attachants. Une réflexion grinçante sur l’humain, la machine, le bien et le mal. Du beau boulot d’écrivain qui a mis les mains dans le cambouis.

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