La maison hantée (The Haunting of Hill House), Shirley Jackson (rééd. Rivages, 2016)

« Le silence s’étalait hermétiquement le long des boiseries et des pierres de Hill House. Et ce qui y déambulait, y déambulait tout seul ». S.J

« Un fantôme, ça peut être beaucoup de choses : un souvenir, une rêverie, un secret. Deuil, aigreur, honte. Bien souvent, ils ne sont que ce qu’on voudrait voir ».

Si j’avais adoré la série Haunting of Hill House qui m’avait absolument terrorisée, je dois bien avouer que la lecture du roman dont elle est issue fut un peu décevante pour moi. Non pas que je sois spécialement en quête de sensations fortes car j’ai surtout aimé la série pour son intelligence narrative et sa portée psychologique.

Pour autant, le roman de Shirley Jackson, écrit en 1959, relève aussi de l’innovation narrative pour l’époque et c’est ce qui en fit l’un des « meilleurs romans d’épouvante moderne ». La situation initiale est très différente de la série au sens où on ne retrouve pas la famille Crain en l’état. Ici, il s’agit d’un docteur qui invite 3 personnes à Hill House dans le but de mener une étude sur les phénomènes paranormaux, la maison étant réputée hantée. Parmi ces personnes qui n’ont aucun lien de parenté, on retrouve Théodora et Eleanor (alias « Nell »…) ainsi que Luke qui se trouve être l’héritier de la maison.

C’est du point de vue d’Eleanor que l’histoire va nous être racontée. Théodora est une jeune femme libre, accomplie, enjouée et solide. Au contraire, Eleanor est fragile, peu confiante et peu épanouie. Accepter cette invitation étrange est pour elle l’occasion de fuir une famille et une vie qui lui pèsent. Elle a notamment dû s’occuper de sa mère malade pendant des années. On va suivre le fil de ses pensées jusqu’au moment où on se dit que quelque chose cloche, que l’on ne cerne plus ce personnage aux réactions bizarres. C’est une expérience assez étrange de « perdre son personnage ». Puis on comprend qu’Eleanor est peu à peu happée par la maison, « appelée » par ce lieu, invitée à y séjourner plus longtemps.

Les descriptions de Hill House sont à la hauteur. Ce grand portail de fer, cette façade victorienne grise et imposante, ces murs épais et sinistres, ces fenêtres trop petites voire inexistantes, son architecture labyrinthique, ces portes qui se ferment et claquent, ces pièces qui ne forment jamais des angles droits, ce vieil escalier en colimaçon… On va très vite se rendre compte que la maison est un personnage à part entière, susceptible d’avoir une emprise sur les personnages et sur nous lecteurs. On avance dans les couloirs sombres du récit tout en sachant que cette demeure va nous emprisonner et nous faire sombrer dans les ténèbres de nos angoisses. Car comme dans tout bon roman d’horreur psychologique, c’est de cela qu’il est question : de notre peur qui tambourine à la porte que nous souhaitons à tout prix garder close, jusqu’à ce que cela devienne une nécessité de l’ouvrir. La maison est habitée par nos peurs, nos angoisses, nos terreurs les plus profondes. Abandon, solitude, maladie, mort, perte de nos proches. Mais l’écriture de Shirley Jackson ne dit rien et nous laisse dans le flou. Les phénomènes paranormaux ne seront jamais expliqués et le mystère qui entoure Hill House n’en sera que plus insaisissable et effrayant.

Si la série diffère fortement du roman originel, on y retrouve cette double façade de la maison qui devrait être un foyer rassurant mais s’avère être un foyer de terreurs. Même si la série fait un peu d’ombre au roman, il mérite d’être découvert.

The Haunting of Hill House”, la série horrifique de Netflix hantée par le  deuil

« Eleanor Vance avait trente-deux ans lorsqu’elle arriva à Hill House. Depuis le décès de sa mère, sa sœur restait la seule personne au monde pour qui elle éprouvât véritablement de la haine. Elle n’aimait pas non plus son beau-frère, ni sa nièce, âgée de cinq ans. Elle n’avait pas d’amis. Tout cela à cause des onze années qu’elle avait passées à soigner une mère invalide. Outre qu’elle était ainsi devenue infirmière autodidacte, elle souffrait désormais d’une sensibilité extrême à la lumière. Elle ne se souvenait pas d’avoir jamais été vraiment heureuse au cours de sa vie d’adulte. Son existence aux côtés de sa mère s’était religieusement ourdie autour de petites culpabilités, de reproches mesquins, noyés dans une lassitude permanente et un désespoir sans fin ».

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