Les Aérostats, Amélie Nothomb (Albin Michel, 2020)

Les Aérostats : un roman plus léger que l’air.

Résumé :

Une jeune étudiante en philologie est embauchée par un père autoritaire et très riche pour donner des cours de français à son fils dyslexique. L’adolescent, tel un zeppelin, va alors prendre son envol en découvrant les classiques de la littérature.

Ce que j’ai aimé :

Ce texte très court est à prendre comme une fable sur l’adolescence et la littérature. On retrouve l’Amélie conteuse. Elle nous raconte une histoire, essentiellement dialoguée, mettant en scène la relation maître / élève. Tout deux ont à apprendre de l’autre. Pie est un adolescent solitaire, en rupture avec des parents richissimes déconnectés du réel. Son destin de trader est tout tracé et il n’en veut pas. Ange est une étudiante trop sérieuse. Leurs échanges littéraires et les lectures de Pie vont l’aider à se construire en s’identifiant (ou pas) aux personnages. Il va admirer la noblesse d’Hector, héros de l’Illiade. Il va détester l’ambition de Julien Sorel. Il va adorer La Métamorphose de Kafka, se sentant comme un insecte pris au piège de la non-vie. Ainsi, Amélie Nothomb montre que le pouvoir de la littérature est de donner corps.

On retrouve le style concis, le minimalisme japonais de l’autrice, ce qui allège la lecture et la rend extrêmement facile. Les dialogues, aussi invraisemblables soient-ils, sont très bien menés. L’un des deux personnages ne peut pas dire tout ce qu’il voudrait dire et cela rend le texte intéressant. Le hors champ, le non dit et le sous-jacent donnent du poids aux échanges de répliques. L’auteur s’amuse et on assiste aux conversations avec le sourire en coin.

La fin m’a scotchée et m’a fait l’effet d’une eau qui dort dont j’aurais dû me méfier.

Ce que je n’ai pas aimé :

Les personnages et dialogues sont au service d’un propos littéraire avec lequel je suis totalement en désaccord. L’idée selon laquelle il faut faire lire les classiques et les livres les plus difficiles aux ado pour leur donner le goût de la lecture, me révolte. Rien que l’idée selon laquelle il y aurait de « grands auteurs », je l’exècre profondément. Contrairement à Amélie Nothomb, mon adolescence a été un réel néant et si j’avais découvert Pierre Bottero au lieu de Balzac, cela aurait certainement été différent. Tout ça est finalement peu crédible car je vois mal un ado dyslexique, ou en difficulté de lecture, dévorer l’Illiade en une nuit. L’autrice a donné des cours dans sa vie étudiante et affirme que les opinions des personnages sont réelles. Peut-être. Peut-être aussi que des ado auxquels les parents se soucient de payer des cours particuliers, sont des ado tout aussi « particuliers ». On a la chance d’avoir une littérature jeunesse et ado qui est une mine d’or. Il serait temps que les élites intellectuelles et l’Education Nationale s’en rendent compte. Pour ma part, si je peux lire Balzac aujourd’hui, c’est parce que, bien après ma scolarité, je suis passée par d’autres sentiers littéraires avec des auteurs qui m’ont parlée.

Donc :

Un roman au style concis plus léger que l’air, à lire comme un de ces petits contes cruels qui font sourire et passer un bon moment. Un texte qui donne envie de revisiter ses classiques et rappelle à juste titre que la littérature aide à la construction identitaire mais qu’elle se tient par delà bien et mal.

Ils en parlent aussi :

https://blogapostrophe.wordpress.com/2020/09/26/les-aerostats-damelie-nothomb/

https://blogapostrophe.wordpress.com/2020/09/26/les-aerostats-damelie-nothomb/

https://alivreouvert.net/2020/09/14/les-aerostats-damelie-nothomb/

https://www.francisrichard.net/2020/08/les-aerostats-d-amelie-nothomb.html

https://melieetleslivres.wordpress.com/2020/08/26/les-aerostats-amelie-nothomb/

https://carnetdelecture1.wordpress.com/2020/10/06/les-aerostats-amelie-nothomb/

https://www.audetourdunlivre.com/2020/08/les-aerostats-d-amelie-nothomb.html

https://desplumesetdeslivres.wordpress.com/2020/09/01/les-aerostats-amelie-nothomb/

2 réflexions sur “Les Aérostats, Amélie Nothomb (Albin Michel, 2020)

  1. Merci d’intervenir, c’est très intéressant. Peut-être effectivement que j’ai été un peu « tranchée » dans mon propos sur les classiques. Ils peuvent peut-être fonctionner auprès des personnes dyslexiques et d’autres ado, spécialement avec une maman bienveillante et présente pour en faire la médiation 😉 Mais j’élargis aussi aux ado qui sont en difficulté de lecture, pour une multitude de raisons x ou y, ou encore les ado qui affirment déjà ne pas aimer lire. Et clairement, je pense que les programmes scolaires ne sont pas suffisamment ouverts sur les autres littératures en particulier la littérature jeunesse. En tant qu’ado, j’ai eu beaucoup de mal avec les classiques : style, vocabulaire, personnages, thématiques, cette fâcheuse tendance à décortiquer un texte avant de le sentir (la valeur du « on » ligne 13)… ça ne résonnait pas avec ce que je vivais au quotidien. Je travaille en bibliothèque et, croyez-moi, les ado qui les fréquentent dévorent, bien plus que beaucoup d’adultes, et pas du Balzac ou du Flaubert. Et ce parce qu’ils ont eu la chance de découvrir un autre monde que celui qu’on leur imposait, et de s’envoler au pays des histoires, sans dieux ni maîtres. Je crois que ça dépend de l’individu et du timing dans la vie, il faut trouver le bon livre qui nous touche pour pouvoir monter en selle et lire ensuite de tout. Mais forcer un enfant ou un ado à lire des classiques qu’on associe à la dissection littéraire du terrible commentaire de texte par ex (lui enlevant par là ce qui, à mon sens, aurait pu émouvoir jusqu’aux larmes comme vous dites), c’est pour moi quasi criminel 😉 Le lien vers votre belle chronique est inséré dans la mienne. Belle soirée, à bientôt.

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  2. Je lis que vous appréciez également le style original et addictif d’Amélie Nothomb comme moi. par contre, nous la lisons différemment, ce qui est beau aussi dans un auteur. Chacun y puise différemment. Pour les aérostats, par exemple, je pense au contraire que les classiques sont à découvrir mais il faut évidemment éviter d’écœurer les enfants. Mon fils est dyslexique justement (vous en parlez) et je lui fais découvrir « Les fables » de la Fontaine et il adore. Balzac, lui attendra. Par contre, je lui ai lu des poèmes de Victor Hugo que je tiens en haute estime. Les grands dramaturges comme Molière, Racine, Sophocle, Anouilh, Calderon, Victor Hugo, Shakespeare, De Musset… J’ai lu « Notre-Dame de Paris  » e une nuit et j’ai également dévoré « Phèdre », « Antigone », « Tristan et Iseult » d’une traite ainsi que beaucoup d’autres classiques, qui m’ont émue presque aux larmes. Après je préfère commencer par Roald Dahl avec les enfants mais je n’exclue aucun auteur. L’essentiel est de faire apprécier la lecture.
    Quant à Amélie Nothomb et les aérostats, je laisse vos lecteurs découvrir ma critique
    https://blogapostrophe.wordpress.com/2020/09/26/les-aerostats-damelie-nothomb/
    Dans l’attente de son prochain,

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