Les Corps de verre : Mélancolie noire (T1), Erik Axl SUND (Actes Sud / actes noirs, 2015)

Polar nordique. Polar noir. Polar mélancolique.

« La mélancolie est la grâce et la joie d’être triste »

Jerker Eriksson et Håkan Axlander Sundquist (alias Erik Axl Sund) composent un duo à quatre mains des plus virtuose.

Leur musique ténébreuse fait résonner la souffrance d’adolescents à fleur de peau, en proie à la mélancolie noire. Qui se cache derrière le cliché des ado métalleux aux yeux et vêtements noirs, aux visages fardés de blanc, arborant chaînes à clous et dont les écouteurs diffusent cette musique tonitruante tout droit sortie des enfers 😉 ? Cette musique que nous ne comprenons pas mais qui les comprend. En Suède, un musicien underground répondant au nom de Hunger, les comprend, lui. Pour eux, il compose la plus mortelle des musiques, celle qui leur parle, celle qui atteint leurs douleurs, leurs coeurs et leurs corps de verre. Puis, une vague de suicides déferle sur le pays, les victimes ayant toutes en commun d’avoir écouté une cassette de Hunger. C’est l’inspecteur Hurting qui sera en charge de l’affaire, mais il doit aussi résoudre une enquête liée à une série de meurtres.

Ce polar mortifère enchaîne les profils psychologiques d’adolescents rongés par les idées noires, aspirés par une spirale autodestructrice. Le profil du tueur nous est aussi dévoilé en filigrane, sans pour autant que l’on sache où le thriller va nous mener. Les auteurs nous baladent dans les psychés blessées et tourmentées de ces êtres fragiles à peines nés. Truffé de réflexions philosophiques et esthétiques, ce polar révèle le pouvoir de l’art sur des identités fébriles en quête d’elles-mêmes. Il parvient à saisir toute la beauté fragile de cette période d’éclosion, où il suffit de peu pour que les corps se brisent comme du verre, volent en éclats et dispersent sur le sol mille tessons de mélancolie noire.

Teintée de poésie funèbre, la narration nous entraîne dans les méandres d’une philosophie noire propre à l’adolescence évanescente. L’ambiance lugubre du roman nous fait étrangement glisser jusqu’ à une forme d’esthétique de la mort. C’est vraiment un polar unique et déstabilisant. Pour info, je n’avais pas réussi à lire leur trilogie « Persona » car beaucoup trop glauque pour moi. Et oui, je suis une petite nature 😉 ! Pour « Les corps de verre », la couv était tellement belle (comme ils savent en faire chez Actes Noirs) que j’ai voulu retenter. C’est éprouvant mais c’est abordable, les ténèbres étant rattrapées par le personnage très lumineux d’Aiman la bibliothécaire 😉 . Aiman a souffert mais elle est passionnée de reliure. Alors elle lit et relie, répare, reconstruit, lutte contre la mélancolie noire qu’elle pare d’un voile jaune plein d’espoir.

Je lirai le 2è tome indépendant, « Vie de poupée », sorti en 2019.

Ils en parlent aussi :

https://lesreveriesdisis.com/2018/12/27/les-corps-de-verre-melancolie-noire-erik-axl-sund/

https://psychedeslivres.com/2016/01/11/les-corps-de-verre-erik-axl-sund-editions-actes-noirs/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s