Luisa ici et là / Carole Maurel. Saint Avertin : La boîte à bulles, DL. 2016.

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A toi,

Et si l’ado de 17 ans que vous étiez venait frapper à la porte de la personne de 30 ans que vous êtes devenue… Que vous dirait-elle ?

Un jour, Luisa, 17 ans, sort de chez elle avec son walkman (trop bien!), sa totoche autour du cou (non mais vous vous souvenez?) et toute la vie devant elle. Elle prend un bus (j’adore les histoires où y a des bus et des ados solitaires qui rêvent en écoutant de la musique) et s’endort. Lorsqu’elle se réveille, Luisa est dans le futur où vit son moi de 30 ans. Luisa trentenaire est photographe culinaire, vit seule, est célibataire et sans enfants. Un choc pour Luisa 17 ans qui ne voyait pas vraiment son avenir comme ça. Ce petit voyage dans le temps va alors permettre une confrontation entre le moi du passé et le moi du futur. Du haut de ses 17 ans et de son arrogance d’ado, Luisa se met à juger et ne comprend pas les renoncements. Quant à Luisa trentenaire, elle est bouleversée par ce moi des possibles, ce moi qui rêve encore, ce moi aux émotions explosives et sincères qui découvre et se questionne, qui n’a pas encore pris la claque de la vie au travers de la gueule.

A l’inverse de Camille Redouble, film (sympa d’ailleurs) que vient de voir la Luisa du futur et dans lequel une femme revient dans son passé d’ado, Luisa ici et là fait venir le passé dans le présent pour le questionner et rappeler au moi qui il est vraiment. Un choix scénaristique qui permet de traiter avec brio la crise de la trentaine, ce moment où il ne faut pas se dire qu’avant on aurait dû faire ci ou mi mais où il faut plutôt prendre conscience que notre deuxième vie commence et que c’est maintenant qu’il faut faire les bons choix. Un BD qui raconte le long chemin de la découverte et de l’acceptation de soi, de ses désirs les plus profonds. Il n’est jamais trop tard pour se regarder en face, commencer à être ce qu’on est, écouter l’ado qui est en nous et ne pas rater le bus de l’avenir (ça ressemble à un foutu bouquin de développement personnel ma chronique).

Carole Maurel qui avait illustré L’Apocalypse selon Magda avec Chloé Vollmer-lo au scénario (BD avec laquelle j’ai été quand même très sévère maintenant que je me relis) nous offre un petit bijou aussi bien du point de vue du scénario que du dessin. Le graphisme semi-réaliste mêle les ombres aux couleurs et met en lumière les contradictions de ce personnage qui se cherche. L’auteure a su jouer sur les époques. L’ado qui débarque en 2013 avec son agenda de 94/95, ses cassettes, sa vieille carte téléphonique, son baladeur et qui découvre le monde d’Internet et des sms… tout ça ne manque pas de nous faire sourire. La génération des années 80 qui a bien pris dans sa face toute la révolution digitale ne sortira pas de la BD sans éprouver un brin de nostalgie et sans se reconnaître un tout petit peu en cette ado qui ne se reconnaît pas dans le nouveau monde. Cette ado qui reste en nous malgré les années pour nous rappeler qui on est, au cas où on serait tenté de s’oublier, de se perdre dans la toile du monde, de se balayer comme une pauvre page web parmi tant d’autres.

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