Destiny (1) / Cecelia Ahern. Paris : Hachette jeunesse, DL 2017.

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« La logique vous mènera d’un point A à un point B. L’imagination vous emmènera où vous voulez ». Albert Einstein

Suite à une crise économique dont la cause fut attribuée à de mauvaises décisions, la société a décidé d’ériger de nouvelles règles visant à sanctionner les erreurs et comportements imparfaits. La Guilde, une organisation judiciaire garante de la Perfection, décide de ce qui est bien ou mal et marque au fer rouge les personnes « Imparfaites » (I). Celles-ci sont alors pointées du doigt, discriminées, rejetées et condamnées à porter le brassard rouge. Un ostracisme violent qui permet un contrôle total de ce que l’individu a de plus intime : son esprit, sa morale, sa liberté de pensée, de parole et d’action.

Célestine North vit et s’épanouit dans cette dictature de la Perfection. Vêtue de rose de la tête au ballerines, Célestine est parfaite et parfaitement heureuse. Copine du fils du Président de la Guilde, douée au Lycée, de bonne famille, elle voit le monde avec ses yeux de future mathématicienne : comme un simple problème à résoudre. Chez Célestine tout est soit noir, soit blanc. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’une voisine parfaite soit arrêtée par la Guilde. Le doute s’insinue alors dans l’esprit de Célestine et vient remuer les idées arrêtées. C’est finalement la logique alliée à la compassion qui mènera Célestine sur le chemin de la prise de conscience. Et c’est précisément ce qui rend intéressant cette énième dystopie Young Adult. Ce n’est pas tant un roman sur la rébellion (comme pour Hunger Games ou Divergente) que sur ce mécanisme de conscientisation, de réveil de l’esprit bêlant, qui fait l’objet du 1er tome de cette trilogie. Dès les 1ères pages, je m’attendais au schéma classique. Je guettais le surgissement d’une cellule de résistance, d’une organisation rebelle souterraine qui cherchait son « élue ». Mais tout ce à quoi j’ai eu droit, c’est une minable petite association qui lutte pour l’adoption des « IDN ». Tout est centré sur ce personnage un peu « beachasse » avec ses ballerines rose léopard, sa petite vie parfaite, son petit copain parfait et ses grandes oeillères. Ce qui est encore plus intéressant, c’est le personnage secondaire et miroir de la petite sœur Juniper. Dès le début, c’est elle qui apparaît comme une rebelle habillée en noir et consciente des imperfections du système. Or Célestine, c’est vous, c’est nous, c’est n’importe qui. Car ce n’est pas forcément le voisin qui aboie sans cesse contre le système, avec sa grande gueule et ses leçons de morale, qui saura agir en cas d’injustice. En fait, il aurait peut-être même été le 1er à dénoncer en 40 ou à se contenter de la politique de l’autruche. Un choix de personnages qui montre que le résistance aux normes se fait d’abord par la pensée, avec le doute et l’incertitude.

L’auteure traite avec finesse le fonctionnement de la machine médiatico-judiciaire dans un contexte de pouvoir politique complètement absent. Un mécanisme qui n’est pas sans résonance avec l’actualité. Outre le conflit d’intérêt imbriquant le 4è pouvoir à l’appareil judiciaire (le juge Crevan détenant des parts dans les grandes chaînes), on comprend très vite que le système n’est pas pérennisé par un Etat puissant mais bien par un processus de lynchage médiatique et de dictature du buzz. Le marquage au fer précède en fait le début du véritable enfer pour l’imparfait : surveillance médiatique, surveillance des « Siffleurs », harcèlement et rejet de la société. La peur se transforme en haine et la haine en exclusion. C’est ce qui maintient ce système totalitaire. Ce système de régence des comportements et décisions qui devraient « normalement » relever du libre arbitre. Mais ce qui relève de la norme, c’est la foule en furie qui le décide, dans toute sa médiocrité et sa bassesse, en frappant et condamnant l’individu.

On croise des personnages intéressants qu’on a bien envie de suivre, qu’il s’agisse de Pia la journaliste ou Angelina « la pianiste imparfaite ». Le style est d’une rare fluidité et le livre se dévore en quelques heures. Malgré quelques clichés du roman jeunesse dystopique (le triangle qui va bien, une Célestine qui rappelle un peu Katniss quand même, une Guilde et un juge Crevan qui rappellent un peu le Capitole et Président Snow), l’auteure parvient à ficeler une intrigue originale reposant sur ce diktat de la Perfection. Ce modèle figé auquel doit ressembler l’individu et dont le seul rôle est de condamner toute action qui ne serait pas conforme « à la procédure » afin d’engendrer des générations apeurées de moutons béni-oui-oui 😉 . Est-ce qu’on y tendrait pas déjà un peu ? Si on se pose la question, c’est qu’on est dans une bonne dystopie. Bonne lecture.

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