Les Soeurs Carmines, Ariel Holzl (éditions Mnémos, 2018)

Une trilogie fantastique loufoque qui ne laisse pas de marbre (sauf peut-être Tristabelle… 😉 ).

Les Soeurs Carmines, c’est avant tout un univers et un ton. Dans la ville de Grisaille rôdent des accents burtoniens teintés d’humour macabre. Au dessus des toits sombres planent les corbeaux d’une ironie de fin siècle à la Jane Austen tandis que l’ectoplasme d’Edgar Allan Poe hante les murs de la tristement belle cité. A Grisaille, on tue pour une paire de chaussures, on se trahit volontiers à l’heure du thé et un bal sans morts est considéré comme terriblement ennuyeux. Les bons sentiments sont très mal vus (au risque de ruiner sa réputation) et la carrière rêvée des enfants est celle d’Assassin. Bref, une ambiance délicieusement sinistre, une ville agréablement mortifère et merveilleusement inégalitaire. Tout est dans le ton, cynique à souhait, dans cet humour noir propre à Ariel Holzl.

Au coeur des ruelles de Grisaille, on va donc suivre trois sœurs. Dolorine, la plus jeune, est une petite fille naïve et étrange qui a peu d’amis si ce n’est une ribambelle de fantômes. Merryvère, dite Merry, est une monte-en-l’air (professionnelle dans le cambriolage par les toits) dotée d’un coeur d’or. Pour cet odieux défaut, elle est cordialement détestée par sa sœur aînée Tristabelle. Tristabelle a une beauté statuesque, une ambition dévastatrice, la certitude d’être supérieure au reste de l’humanité et un coeur de pierre. Mon personnage préféré. Elle est imbuvable, insupportable, désespérante et c’est un bonheur de se retrouver dans la tête de cette peste qui prend le lecteur de haut à coups d’apostrophes désobligeantes.

Dans cet univers, huit familles aristocratiques aux pouvoirs spécifiques se disputent le trône où siège Aubépine du Lys. Et devinez quoi ? Les sœurs Carmines n’en sont pas. Filles de prostituée, elles ne savent d’ailleurs pas trop d’où elles viennent mais vont le découvrir au travers d’aventures au cours desquelles elles pourraient bien y laisser la vie. Issues de la Basse-Ville, elles vont devoir trouver leur place. Si Merryvère travaillera dur pour accroître ces compétences de voleuse, Tristabelle sera prête à tout pour rejoindre la Haute-Ville, tandis que Dolorine pourrait bien s’attaquer à la racine du problème.

Le talent de conteur d’Ariel Holzl est abominablement grandiose. Dans un style ciselé, il dynamise son récit à coups d’interpellations au lecteur et de variations de points de vue. Son univers, basé sur un renversement de valeurs complètement farfelu, s’enrichit au fil du récit avec moult créatures en tout genres : adorables goules, loups-garous transis d’amour, fantômes égarés, vampires hypersensibles, gorgones esseulées ou encore zombies utilisés comme main d’oeuvre bon marché. Grisaille regorge de bizarreries et saura satisfaire un lectorat ado-adulte épris de fantasy fantasque.

Un récit cruel et enivrant. Une trilogie monstrueusement exquise et grisante. Se boit allègrement comme un verre de sang carmin bien frais. Et glou !

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