Bilqiss / Saphia Azzeddine. – Paris : Stock, 2015

Bilqiss

« A vrai dire, j’aurais préféré avoir le pouvoir des hommes et manier les mots comme une bègue mais, après mille révolutions, l’ordre ne s’était toujours pas inversé : une femme était intelligente, un homme était puissant ».

Impertinente, insolente, indocile, indomptable, insoumise Bilqiss. Même condamnée à mort par lapidation, Bilqiss ne lâche rien. Ses grands yeux noirs, sa beauté tragique, sa fougue et son humour décapant ne font qu’une bouchée de la connerie masculine islamiste. Animée par la passion de la liberté, elle défendra sa vision du Coran jusqu’au bout durant son procès. Ce Coran dont il y a autant de lectures possibles qu’il y a de musulmans. Ce Coran qui n’interdit pas à la femme d’acheter des aubergines non tranchées parce que celles-ci ressemblent à des pénis et que c’est pécher. Ce Coran qui n’ordonne pas la lapidation puisque celle-ci est fondée sur un hadith*. Bilqiss n’a pas sa langue dans sa poche. Espiègle, joueuse, virulente, elle se bat à coup de phrases assassines porteuses de vérité, par le dialogue et la raison. Figure socratique des temps modernes en pays musulman, elle torpille ses adversaires sophistes en les mettant face à leurs propres contradictions. Mais le monde n’est pas prêt pour la vérité. L’orgueil viril fait loi en ce pays gouverné par des hommes persuadés que la taille de leur pénis est comparable à celle d’une aubergine.

Récit polyphonique, le roman de Saphia Azzeddine alterne les voix de Bilqiss, du juge amoureux ordonnant la lapidation et de Léandra, journaliste occidentale pleine de bonnes intentions. La figure de Léandra évoque cet occident bien-pensant qui croit savoir, ces bons sentiments éprouvés face au spectacle médiatique sur le même mode que le visionnage d’une comédie romantique. Nous ne savons rien, nous ne comprenons rien, nous pensons pouvoir sauver la femme en burqa mais nous ne la connaissons pas. L’auteure met le doigt sur notre indifférence générale à laquelle vient se substituer de temps à autre une prise de conscience qui n’est rien d’autre qu’une illumination passagère. Illumination provoquée par l’ennui d’une conscience dépolitisée en quête de sensationnel et profondément sociopathe. L’auteure dénonce ainsi l’ingérence hypocrite des peuples occidentaux pour qui « l’humanitaire est un secteur comme un autre », qui prétendent aider tout en votant pour des gouvernements qui font la guerre.

Saphia Azzeddine se met dans la peau d’une femme lapidée et remet tout le monde à sa place. Sa verve audacieuse déstabilise les préjugés et envoie valdinguer les certitudes. Sa plume est voltairienne, telle une épée tranchante faisant couler le sang lumineux de la raison face à la tache obscurantiste qui se propage vitesse grand V. Hommage à l’islam et réquisitoire contre l’islamisme radical, le roman de Saphia Azzeddine rappelle simplement que les hommes ont trahi Allah, qu’ils se permettent de parler en son nom alors qu’Allah les déteste.

*Vous avez qu’à chercher sur wiki comme moi

**Idem

socrate

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