Le Signal, Maxime Chattam (Albin Michel, 2018)

Résumé :

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls. Un havre de paix. Du moins c’est ce qu’ils pensaient… Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…..

Maxime Chattam emprunte le décors de Salem pour nous livrer un roman qui se veut terrifiant, usant et abusant des codes du cinéma horrifique. Les scènes de tension et le suspense fonctionnent comme un bon vieux film d’horreur bourré de clichés qui prêtent plutôt à rire qu’à faire peur. 740 pages de scènes frissonnantes certes, mais redondantes. Maxime Chattam fait couler à flot l’encre noire de nos peurs les profondes mais ne les creuse pas suffisamment. J’aurais voulu lire les angoisses d’une quadra, star du journalisme en fin de vie, dont les rides menacent de fissurer la popularité. J’aurais voulu lire la terreur de la page blanche d’un écrivain en mal d’inspiration. J’aurais voulu lire les tensions qui traversent les cervicales de ce couple retiré dans la campagne de Mahingan Falls. J’aurais voulu lire les frayeurs d’un ado endeuillé et de l’adolescence dans sa douloureuse métamorphose. J’aurais voulu lire la sidération d’une adolescente harcelée par un sportif à l’âme tordue et abîmée. J’aurais voulu lire un lien entre cette sorcière, caillassée et brûlée vive par la populace au XVIè siècle, et les locataires de la maison qu’elle hante. J’aurais voulu lire le nœud coulant entre les indiens, massacrés et exterminés, et les descendants des colons meurtriers résidents de Mahingan Falls. Chattam rate quelque chose dans ce livre. Pourtant j’aime beaucoup cet auteur et j’ai adoré le Coma des Mortels. Peut-être aurait-il dû prendre plus de liberté avec les maîtres du genre et proposer autre chose. Il ne suffit pas de situer un asile psychiatrique à Arkham pour se réclamer de Lovecraft. Quant aux personnages, leur psychologie n’est pas suffisamment creusée et reliée au mal et au surnaturel comme ceux Stephen King. A mon sens, l’horrifique ne fonctionne que lorsqu’il est symbolique et psychologique. Dans le cas contraire, je suis forcée de ronger mon os et pendant 740 pages, c’est long et à la fin, j’ai super faim.

J’ai horreur de rédiger ce genre de chronique mais comme Chattam est connu et reconnu et que le livre a été encensé un peu partout (y compris dans La Grande Librairie) je ne m’inquiète pas pour lui. Le Signal reste un bon divertissement où la peur est distillée progressivement et avec habileté selon les recettes habituelles du genre. Le style est celui de Chattam, fluide et captivant. Si on se laisse prendre au jeu, le mystère fonctionne et on pousse quelques cris face aux épouvantails animés et à la moissonneuse-batteuse assoiffée de sang. Le basculement des personnages dans l’irrationnel et le passage par le déni (Est-ce réel ? Non, c’est une vision de mon esprit…) est bien amené.

Vous confiner et vous barricader ne vous servira à rien si vous voulez sortir indemnes de cette lecture puisque la menace est dans votre maison, votre grenier, derrière votre oreille. Non, pour votre sécurité, lisez-le en mode avion…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s